2. Une œuvre monumentale
Si Kircher (dont les traités étaient impatiemment attendus et les lettres humblement sollicitées, entre autres par le jeune Leibniz) fut considéré par ses contemporains comme un des plus brillants esprits de son siècle, une tradition instaurée par A. Erman (cf. Allgemeine Deutsche Biographie, 1882, s.v.) ne voulut plus, au contraire, voir en lui qu'un compilateur sans génie, impuissant à produire des synthèses utiles ou des idées fécondes. Sans doute fit-il preuve d'un attachement exagéré à la tradition scolastique et, victime de son infatigable curiosité, dispersa-t-il trop ses recherches ; sans doute aussi peut-on lui reprocher une excessive attirance pour l'insolite et le merveilleux (encore qu'il affirmât qu'il était possible d'assigner une cause « naturelle » à chaque phénomène, si prodigieux fût-il), ainsi qu'un manque d'esprit critique, voire une confondante crédulité. Cependant, il ne nous en apparaît pas moins comme une intelligence vaste et inventive, capable de brillantes intuitions.
Bien que le magnétisme ait constitué un de ses plus anciens centres d'intérêt, ses publications sur cette question n'apportent guère d'éléments théoriques nouveaux par rapport à celles de W. Gilbert ou du jésuite N. Cabeo. Dans son principal ouvrage sur ce sujet, le Magnes sive de arte magnetica (1641, 2e et 3e éd. augmentées 1647 et 1654), il se préoccupe surtout de ses applications pratiques à la navigation et à l'arpentage, et il décrit de nombreux jouets magnétiques. Dans son bref Magneticum naturae rerum (1667), qui analyse les trois règnes de la nature, il montre que tous les mouvements des choses, toutes les actions des êtres se font par sympathie et antipathie, attraction et répulsion, Dieu étant « l'aimant central de la nature entière ». Et Kircher attribue à chacune des personnes de la Trinité une des trois forces caractérisant l'aimant : au Père, qui « embrasse toutes choses en lui en tant que source abyssale de tous les êtres et lie à lui le cœur de tous les hom […]
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