3. L'atelier européen du XVe au XVIIe siècle. Périmètre technique et espace imaginaire
On note alors une décomposition progressive de la structure corporative, une dégradation des traditions de travail que sauvegardaient la rigidité féodale de l'apprentissage et les contrôles de qualité, moins de contraintes, moins de secret dans les recettes d'atelier. Avec les guerres d'Italie apparaissent les artistes de Cour et les premières manufactures. C'est François Ier qui inaugure la manufacture de tapisserie de Fontainebleau, la soierie du Lyonnais et les premières fonderies. Parce que l'Italie ignorait la centralisation politique et conservait dans sa latinité l'esprit du mécénat, elle se trouvait alors beaucoup plus libérée, dans les ateliers de principautés et de duchés, des structures médiévales du travail. La France, les Flandres, l'Angleterre ne connaissaient encore que la rigidité ténébreuse du Moyen Âge. Ce que l'Italie connut dès le xve siècle, et dont le reste de l'Europe ne bénéficie qu'au xvie siècle, ce fut la distinction capitale entre les métiers et les arts. Artisans et artistes encore mêlés et solidaires quant aux procédures techniques se séparent progressivement à mesure qu'une classe bourgeoise s'intéresse aux objets esthétiques et en commande pour elle-même ; cette classe riche est prête à payer beaucoup. Aux yeux du pouvoir ducal, princier ou royal, aux yeux de ces riches marchands qui, anciens fils de maîtres, deviennent des personnages cultivés et puissants, l'artiste prend lentement un tout autre visage. Conscient de son génie, goûtant l'éclectisme, maniant le discours et les idées, il devient un nom, une personnalité distincte et originale cherchant la gloire et fréquentant les savants. Ce qu'était l'Athènes de Périclès, la Rome d'Auguste, la Chine des T'ang ou des Song devient l'apanage de toute l'Europe occidentale. L'atelier devient alors le chantier respecté d'un travail plus ou moins solitaire où l'artiste se conduit en maître, en pédagogue de cu […]
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