3. Syncrétisme et exégèse
Pour mettre en perspective la littérature astrologique, il importe de se demander ce qu'elle a à cacher, ce qui se dissimule derrière des constructions bien polies : on appréciera dès lors le talent de l'exégète à évacuer les apories structurelles ou contextuelles. Une nouvelle conception de l'histoire des textes astrologiques se fait jour : l'étude et la comparaison des gloses construites autour des articulations les plus fragiles du discours astrologique. L'historien doit mettre au jour un discours apologétique masqué, le plus souvent, sous la forme d'un « simple » exposé des règles de l'astrologie, dévoiler les impropriétés symboliques et les rapprochements destinés à atténuer les solutions de continuité (à commencer par l'intégration de nouvelles planètes) requises pour introduire de nouveaux réseaux conceptuels.
• L'Aigle et le Scorpion
Il apparaît ainsi que le Scorpion n'a pas été initialement inscrit dans le schéma astrologique. Il fut mis en place à un stade antérieur en tant que constellation et, d'ailleurs, la disposition des étoiles évoque assez bien cet animal, et notamment sa queue venimeuse. Deux signes auraient dû le remplacer : la Balance et l'Aigle. Pour ce qui est de l'Aigle, les astrologues ne purent aboutir, en raison de l'habitude bien ancrée de désigner cette région du ciel sous le nom de Scorpion. Au contraire, c'est le Scorpion qui va s'intégrer au symbolisme astrologique et évincer l'Aigle. Nous avons là une expression intéressante du conflit astrologie-astronomie, tout comme les nouveaux astres, dont la nomination revient aux astronomes (ainsi Uranus, qui est, en mythologie, le père de Saturne), vont s'insérer dans le discours astrologique.
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