4. L'ascétisme indien
Les origines de l'ascétisme en Inde sont très anciennes. Le Ṛgveda (xve s. av. J.-C.) mentionne déjà diverses catégories d'ascètes : keśin (« chevelus »), yati (« disciplinés »), vrātya (« qui ont fait un vœu »), muni (« silencieux »), etc. Ces personnages ont en commun de pratiquer le tapas. Le terme évoque l'idée d'un échauffement provoqué violent. Il sert de désignation générique à toute une série de pratiques telles que le jeûne prolongé, l'abstention de sommeil, la station debout sur une jambe, l'entraînement à supporter la chaleur la plus torride comme le froid le plus glacial, à garder le silence, à contrôler sa respiration, etc. Au départ, il s'agissait sans doute d'un effort de concentration systématique des énergies du corps aux fins de connaître l'extase et d'acquérir des pouvoirs magiques. Les idées de « pénitence » ou de « mortification » paraissent en tout cas étrangères à ces premiers ascètes. Ce vieux fonds de pratiques – avec les spéculations qui lui furent de très bonne heure associées – s'est avéré être, tout au long de l'histoire de l'hindouisme, une mine inépuisable. On retrouve en particulier dans toutes les doctrines philosophiques et religieuses de l'âge classique au moins des traces de la double finalité présente dès l'origine : dans le prolongement de l'extase, une forme de connaissance de type mystique ou gnostique, supposée capable de soustraire l'adepte au circuit des renaissances ou saṃsāra ; dans la perspective des pouvoirs magiques, la conquête en cette vie de jouissances illimitées.
Une voie « intellectualiste » est représentée par des écoles telles que le sāṃkhya et le vedānta. Elle suppose une rupture initiale avec le monde : le « renonçant » (saṅnyāsin) abandonne ses biens, sa famille, sa caste et jusqu'à son nom, pour se consacrer uniquement à la poursuite de la délivrance ultime (mokṣa). Les adeptes de ces écoles se recrutent parmi les hautes castes, surtout les brahmanes. Leur organisation sociale est des plus variées. Elle comprend aussi […]
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