2. Architecture et transparence
Michelangeli a été souvent taxé de froideur. Il pratiquait un art dépouillé, où la transparence était reine. C'est probablement le pianiste qui possédait la plus belle pureté sonore de son temps. Il montrait une parfaite connaissance de l'instrument et jouait sur ses propres pianos, qu'il réglait et accordait lui-même. À tout point de vue, son jeu se situait hors des sentiers battus : un sens de la construction lié à la perception de l'instant, un respect parfait de la polyphonie, une technique d'une aisance déconcertante mais toujours discrète. Michelangeli était un grand seigneur, sur scène comme dans ses enregistrements. Il cultivait le raffinement mais savait éviter le piège du beau pour lui-même. La passion était toujours parfaitement maîtrisée grâce au recul qu'il prenait à l'égard de la musique. Il entraînait son auditoire dans des univers de couleurs et de poésie que seule pouvait créer son imagination. Peu lui importait la tradition ou le contexte historique ; son interprétation n'était guidée que par sa sensibilité, ce qui explique des variations de tempo difficiles à comprendre hors du contexte, mais aussi des nuances d'une infime subtilité. Il savait aussi raconter une phrase musicale note après note comme une histoire sans cesse réinventée.
Autant d'éléments qui faisaient de Debussy, Ravel ou Domenico Scarlatti ses musiciens de prédilection. Il savait rendre à Chopin ou au jeune Beethoven leur juste mesure. Sa retenue déconcertait dans Carnaval de Schumann alors que son sens de la transparence et sa conduite des lignes mélodiques débarrassaient le concerto du même musicien du pathos surchargé dans lequel il baigne trop souvent. S'il semblait trop libre dans Mozart, jamais Gaspard de la nuit de Ravel n'a été traduit avec une telle perfection. Depuis les années 1970, il ne se produisait en concerto qu'avec quelques rares chefs qui partageaient son exigence intraitable, Sergiu Celibidache ou Carlo Maria Giulini, avec lequel il av […]
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