4. Le système eddingtonien
La philosophie d'Eddington, sous des apparences assez déconcertantes et à travers une présentation peu systématique, s'ordonne entre deux pôles : une réflexion sur la science contemporaine et les importants changements de perspective qu'elle impose par rapport à la science classique ; une exigence éthique, la défense de valeurs spirituelles et religieuses menacées par le déterminisme matérialiste, auquel les succès de la science classique paraissaient assurer une base scientifique inébranlable.
L'idée directrice de l'épistémologie eddingtonienne, formée par la pratique de la théorie de la relativité, confirmée, après d'assez longues hésitations, par le développement des théories quantiques, concerne la vraie nature du savoir physique, qui n'est pas celui de la réalité naturelle elle-même, mais celui de la structure mathématique qui permet d'appréhender les propriétés géométriques et métriques de l'univers matériel ; il y a donc un élément irréductiblement « subjectif » dans la science physique ; c'est pourquoi Eddington appelle lui-même sa doctrine « subjectivisme sélectif », l'intervention de la grille formelle imposant nécessairement une sélection des données empiriques formant le contenu de la science. Philosophe spiritualiste, Eddington ne professe pourtant pas une philosophie idéaliste au sens fort du terme. Car quelque chose de la réalité naturelle elle-même est accessible à la connaissance humaine, à travers le savoir fondamental et structural de la physique, qui ne recouvre pas la totalité des connaissances, pas même à l'intérieur de la science. À la différence de Kant, Eddington ne défend pas une théorie idéaliste de l'espace et du temps : le devenir, la « flèche du temps », échappe à la théorie structurale, et la physique elle-même est obligée d'introduire un principe supplémentaire pour intégrer dans le système de ses lois cette propriété non structurale, réelle, de la nature. Et ce n'est pas la seule propriété réelle des choses que la scie […]
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