6. Une saison en enfer
Reste le seul texte publié par Rimbaud, Une saison en enfer. Il était inutile jusqu'à maintenant de soulever le problème de la datation des Illuminations comparée à ce livret. On ne saurait toutefois s'y dérober. Rimbaud lui-même a tenu à inscrire à la dernière page de son « carnet de damné » : « avril-août 1873 ». La fin du livre semble prononcer un adieu. Signifie-t-elle pour autant que c'en était fini de la littérature ? Pour la beauté du geste, on l'a longtemps cru. Rimbaud, produisant cet ouvrage, coupait court avec son passé, il devenait « absolument moderne ». Les Illuminations lui seraient donc antérieures. Il a bien fallu cependant nuancer une opinion aussi tranchée, depuis que Bouillane de Lacoste, en 1949, dans une thèse désormais célèbre, a montré que certains de ces poèmes en prose avaient été recopiés à Londres, du temps où Nouveau était au côté de Rimbaud. Rien ne prouve de façon assurée que les Illuminations furent rédigées quand Rimbaud écrivait Une saison en enfer (où il se borne à citer plusieurs de ses « Vers nouveaux ») ; mais on ne doit pas davantage éliminer l'hypothèse d'un double adieu fait à la littérature (c'est ce que conjecture Maurice Blanchot) ; une fois dans la Saison, une autre fois dans les Illuminations, où quelques poèmes comme Départ ou Solde résonnent manifestement comme un congé.
Avec Une saison en enfer, Rimbaud a sans doute écrit le livre du rebelle par excellence, mais également celui qui touche de plus près l'adolescence, quand se dessine sous le signe de l'incertitude la vie d'homme toujours improbable. Verlaine parlera à son propos de « prodigieuse autobiographie psychologique », et certes il faut voir à quel point l'existence de Rimbaud y est questionnée ; mais l'auteur l'élève constamment à un exposant mythique. Aucun des motifs personnels (excepté peut-être la narration de Délires II) ne se referme sur lui-même. Tour à tour l'Histoire, la Famille, la Religion sont l'objet d'une traversée et de mises en cr […]
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