6. La tradition nationale
Cette France était revendiquée par tous, sur tout l'échiquier politique et esthétique. Sur la scène artistique comme ailleurs, on opposa souvent au vainqueur les maigres arguments symboliques qui pouvaient conjurer la honte d'être occupé. Ce retour à la francité qui résistait « abstraitement » à l'épreuve imposée au pays reposait sur des convictions déjà anciennes confortées par quelques siècles d'hégémonie culturelle. Pour les hommes des années 1940, de quoi donc était faite la tradition française ? Le plus souvent de ce qu'Albert Camus définirait, juste après la guerre, comme une lutte contre l'instinct, toute de « discipline intérieure », de « domination de soi », d'un « parti pris d'intelligence raisonnable [...] revenue au concret et soucieuse d'honnêteté ». Une définition cartésianiste qui évacuait les excès en tout genre repérés dans l'art « étranger » : germanique ou slave en particulier. Mais, dans le contexte de Vichy et de l'Occupation, les ambiguïtés d'un tel discours ne manquaient pas. Sur la scène artistique, la France pouvait être citée à tout propos, sans que l'on ait forcément choisi son camp de façon claire. Dans un climat de chasse aux sorcières, il fallait donc discerner le bon grain de l'ivraie, ceux qui, dans le discours artistique nationaliste, luttaient contre l'Allemagne, l'Italie, voire l'Espagne et ceux qui s'en prenaient au contraire aux « étrangers » à la nation « purifiée », aux Juifs, en particulier, boucs émissaires mis au ban de la société.
Les œuvres de Bonnard, de Matisse et de Braque – que sa rétrospective au Salon d'automne de 1943 avait définitivement consacré –, incarnaient l'excellence française. Même ceux qui avaient compris la France comme une addition et un mélange se repliaient – provisoirement du moins – sur un nationalisme qui ne souffrait aucun partage, et les artistes, par principe plutôt universalistes, ne dérogeaient pas à la règle.
Ainsi l'ouverture à Paris, pendant l'été de 1942, du Musée nation […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 11 pages…



