3. La propagande de Vichy
Par ses actions de propagande, l'Allemagne démontrait qu'il était possible d'impressionner les foules en instrumentalisant les œuvres d'art et leurs producteurs. Cette propagande se forgeait des armes d'autant plus efficaces qu'elles n'étaient pas encore bien repérées. Les modèles venaient d'ailleurs, mais les Français n'étaient pas en reste d'expériences : le gouvernement de Vichy se donna lui aussi pour mission de convaincre en réutilisant les matériaux déjà en son pouvoir, affiches, publications, discours, imagerie. Il sut occulter les sujets les moins consensuels (la persécution ou la collaboration) au profit de l'image rassurante d'une France mythique, éternelle, agraire, unie autour de sa Terre, de sa Famille, de sa Jeunesse. Unie autour de son Maréchal, figure centrale et véritable icône pour le pays, qui ne souffrait aucun partage, sinon avec Jeanne d'Arc.
Vichy n'eut pas de projet esthétique bien arrêté, mais forgea sinon un style du moins une image obsédante du chef, s'appuyant sur des formes, des couleurs, des traditions artistiques maniées comme des armes politiques. La véritable originalité de l'art officiel sous Vichy ne venait pas de son unité ou de sa nouveauté mais de la répétition et de la diffusion massive de son sujet central, le Maréchal, qui finissait par devenir un style en soi.
S'il n'avait pas de conception bien arrêtée de l'art, le maréchal Pétain soignait son image et suivait de près le travail de ses portraitistes, qu'il exigeait dociles. Il encouragea trois registres qui servirent à diffuser une image flatteuse de lui : photographique, symbolique, populaire, au service desquels œuvraient une centaine d'artistes, dont trois favoris. François Cogné, sculpteur officiel de la IIIe République, le représenta avec brio, donnant l'impression au public d'être devant sa photographie en relief, donc devant lui. Son buste devait remplacer la Marianne républicaine dans les lieux publics. Robert Lallemant multiplia, quant à lui, le […]
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