3. Un regard tourné vers le Moyen Âge
La redécouverte du Moyen Âge, qui marqua les débuts du romantisme, a joué un rôle majeur dans l'évolution de la sensibilité du public vis-à-vis de l'art sacré, d'autant plus qu'elle s'était accompagnée d'une réhabilitation des techniques médiévales.
L'exemple du vitrail, art typiquement médiéval dans l'imaginaire collectif, est significatif à cet égard. Exclu par l'architecture classique, qui recherchait une lumière franche pour la mise en valeur de ses propres décors, il tomba en désuétude au point que le savoir-faire des peintres-verriers se perdit faute de demande. Il retrouva un statut quasi médiéval grâce à la restauration de la Sainte-Chapelle de Paris (1847-1853) qui nécessita des recherches pour reproduire à la fois les matériaux et les gestes des artisans d'antan. Ce qui explique que la Sainte-Chapelle a été érigée en modèle par Viollet-le-Duc, théoricien très influent, avec pour corollaire la naissance du vitrail archéologique, qui démarque les différentes époques de l'histoire de la peinture sur verre, avec une prédilection pour le xiiie siècle, et pérennise l'iconographie élaborée au Moyen Âge. La modernisation formelle et iconographique de la peinture sur verre en fut certainement retardée, même si, au xixe siècle, des peintres furent parfois sollicités pour donner des cartons – tel Delacroix ou Ingres pour la chapelle royale de Dreux. Alors que l'Art nouveau transforme le vitrail civil par une simplification du dessin et un allègement de la peinture, son inspiration ne franchit que modérément le seuil des églises. La cathédrale de Fribourg (Suisse) où les vitraux de J. Mehoffer transposent des scènes traditionnelles, comme l'Enfance du Christ, dans des décors d'une luxuriance foisonnante (1896-1934) étant une exception notable.
En fait, les communautés de fidèles se sont retrouvées sans difficulté dans ce retour à des images marquées d'une aura médiévale, alors que l'art contemporain ne comblait pas toujours leur attente et entraînait des réactions de rejet. La métamorphose formelle a eu d'autant plus de difficulté à s'imposer que la « création » moderne et contemporaine de vitraux s'insérait le plus souvent dans des édifices anciens.
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