2. La maturité romane
Les deux premiers tiers du xie siècle avaient été ceux des expériences préliminaires, conduites à l'intérieur d'ensembles géographiques relativement vastes. Ils furent d'une importance décisive pour la définition du style et de l'iconographie. Forts de l'expérience acquise, mieux assurés de leurs techniques, les maîtres d'œuvre se trouvèrent dès lors en mesure de satisfaire à une demande accrue et à des programmes encore plus ambitieux.
Apparemment, les conditions économiques, sociales et politiques ne paraissaient cependant guère favorables à cet élargissement. L'activité s'exerce dans un monde cloisonné par l'émiettement féodal, les États nés de la dislocation de l'empire carolingien n'ayant pu se maintenir dans les structures économiques et sociales devenues purement rurales. Mais des forces nouvelles viennent remédier au trop grand éparpillement et rétablissent un minimum de liaisons.
Dans l'ordre économique, une reprise des échanges conduit à la renaissance des villes, notamment dans l'Italie du Nord, dans la France septentrionale et en Flandre. Ces cités, bien qu'encore modestes, connaissent un style de vie différent de l'existence proprement agricole. Un certain regroupement politique s'opère en outre en Angleterre, ainsi qu'en France et même en Allemagne. La féodalité, obligeant les cadets à l'aventure, est à l'origine d'expéditions militaires du style de celle des Normands dans l'Italie méridionale et en Sicile. Elles ont pour effet de desserrer l'étau que le monde musulman avait un moment fermé sur l'Europe. De ces entreprises militaires, aussi bien que des voyages des marchands, résultent des courants de relations que consolident les pèlerinages, c'est-à-dire ces immenses mouvements de populations jetant des foules d'inadaptés, d'instables ou simplement de pénitents sur les routes de Rome, de Compostelle et de Jérusalem. Toutes les impulsions et les motivations portant au voyage et à l'aventure un monde demeuré naturellement nomade se trouvent mêlées dans le grand m […]
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