3. Un imaginaire de l'homme
Dans le couple qui réunit le figuratif extrême et l'abstrait géométrique, les représentations humaines occupent une place originale et sporadique : des silhouettes, têtes, sexes (généralement des vulves, mais parfois des phallus sculptés) et mains négatives (exclusivement pariétales). Sauf de rarissimes exceptions, comme des représentations humaines gravées sur des dalles calcaires dans la grotte de la Marche (Vienne), les silhouettes et les têtes sont traitées dans un style figuratif succinct, qui diffère du naturalisme de l'art animalier ; comme si l'image de l'homme avait été idéologisée, chargée de significations non connotées au réel. Cette orientation générale a engendré deux expressions graphiques particulières. La plus répandue dans l'art pariétal magdalénien (rarement dans l'art mobilier) est constituée d'images fantastiques, des têtes bestiales et des êtres hybrides associant l'homme et l'animal, des masques difformes et des monstres : de l'image humaine est né un imaginaire de l'homme. L'autre formulation apparaît à la fin de l'art magdalénien, vers 13 000-12 000 ans, sur des blocs, sur des parois et même sur des formes découpées en pierre, ramure, ivoire : il s'agit de la stylisation géométrique de la silhouette féminine, réduite à deux longs angles associés comme les branches d'un compas ouvert ; pas de tête ni de membres mais juste un ou deux petits appendices angulaires figurant les seins. Dans cette stylisation absolue, pratiquée jusqu'aux confins du Magdalénien (Nebra, en Allemagne orientale), se lit une idéalisation partagée et/ou propagée de l'image féminine.
Souvent spectaculaire, l'art magdalénien exprime avec force la complexité conceptuelle et l'originalité symbolique des chasseurs des temps glaciaires en Europe. Il atteint cette efficacité de l'expression et de la communication qui place, encore aujourd'hui, l'image au cœur des relations entre les hommes et leurs sociétés respectives.
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