1. La lecture du tableau
On prendra comme exemple privilégié l'objet pictural : le tableau est un texte figuratif et un système de lecture. Il se voit globalement, comme une totalité qui implique non seulement un point de vue qu'éventuellement un code perspectif peut déterminer, mais aussi le retranchement de l'espace du tableau, de l'espace existentiel, comme un espace autre qui se constitue en un lieu « utopique ». Complément nécessaire de ce premier principe s'introduit un second principe, dit de narrativité, qui peut être généralisé comme discours du regard, comme une lecture plastique du tableau. L'acte de lecture déroule ainsi une succession à l'intérieur de l'instant de vision, et le problème qui se pose à l'analyse sémiologique est de se demander comment l'unité de vision sera articulée et découpée par la discursivité de la lecture sans jamais cesser d'être une. L'unité de vision du tableau est une totalité organique de mouvements de l'œil, une structure de regards et le tableau est le jalonnement de la surface plastique par un ensemble de « signes » à la fois topiques et dynamiques destinés à différer, dans une différence à la fois temporelle et spatiale, l'accomplissement de l'unité de vision comme totalité structurée. La conjugaison de la topique et de la dynamique du tableau renvoie à l'organisation de l'espace du tableau tout entière donnée, même si elle est toujours dissimulée, et à l'ensemble successif des gestes de peinture qui repose sous forme de traces, sédimentées et liées sur la surface plastique.
Ce circuit du regard sur la surface plastique est, dans le lieu du tableau, un circuit aléatoire. Les jalons plastiques sont des signes de mouvements virtuels et comportent des possibilités de choix. Et c'est la forme aléatoire du circuit qui fait apparaître, dans la succession temporelle des parcours possibles, le caractère synchronique de l'unité de vision comme totalité structurée de regards. Ainsi la somme ouverte des parcours possibles réalisés ou virtuels fo […]
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