4. Des reproductions originaires
Les critiques du « musée imaginaire » n'ont pas manqué. Cependant, depuis les avant-gardes historiques, bien des artistes ont manifesté leur enthousiasme pour les vertus des techniques reproductives, ou déployé leur ironie contre les mérites supposés de l'authenticité.
Vantant les moyens modernes de reproduction qui permettent aux œuvres, notamment musicales, d'acquérir une véritable ubiquité, Paul Valéry prophétisait, en 1929 : « Il faut s'attendre que de si grandes nouveautés transforment toute la technique des arts, agissent par là sur l'invention elle-même, aillent peut-être jusqu'à modifier merveilleusement la notion même de l'art » (« La Conquête de l'ubiquité », repris in Pièces sur l'art, 1934). Tout un courant technologiste, de László Moholy-Nagy (1895-1946) aux artistes qui utilisent aujourd'hui Internet, s'est en effet employé à concevoir des créations plastiques dont la duplication ne s'appuie sur aucun « original ». Sur un autre registre, les ready-mades et leurs dérivés disqualifient d'entrée de jeu la notion d'original. Marcel Duchamp s'en réjouit : « La réplique d'un ready-made transmet le même message ; en fait presque tous les ready-mades existant aujourd'hui ne sont pas des originaux au sens reçu du terme » (« À propos des „ready-mades“ », 1961).
Les artistes conceptuels ont, depuis le milieu des années 1960, conçu des « œuvres à partition ». Un programme discursif permet de les actualiser à volonté. Fondées sur le modèle musical, celui de la composition interprétée par des musiciens, elles sont caractérisées par une double modalité d'existence – d'une part le concept, unique, d'autre part son incarnation visible, toujours réitérable et pas nécessairement réalisée par l'auteur lui-même. Si les reproductions traditionnelles confortent le prestige attaché à l'original, unique, la reproductibilité originaire de l'œuvre ébranle violemment notre conception de l'art. Légitime ou non, la duplication se heurte à un désir, toujours vif, d'authenticité.
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