2. Irreproductibilité des œuvres d'art
L'irreproductibilité de l'œuvre d'art est aujourd'hui un dogme solidement ancré. Il s'appuie sur le fait que l'œuvre, concrétion matérielle d'une pensée vivante, est achevée au terme d'un processus qui ne peut jamais être reconduit à l'identique. Au mieux, la copie qui parviendrait à surmonter ces obstacles serait une simple imitation de l'apparence à laquelle manquerait irrémédiablement ce que l'historien de l'art autrichien Otto Pächt, dans Question de méthode en histoire de l'art (1977), nomme la « parenté interne ». Cette différence ontologique lui paraît décisive : « Entre l'original et sa copie, le maximum de ressemblances extérieures matérielles ne peut pas faire oublier le manque de proximité intérieure. » Cependant, la littérature artistique est riche en anecdotes, généralement élaborées pour prouver la virtuosité des maîtres, qui attestent la difficulté de distinguer la copie de l'original. Inventés ou véridiques, ces récits confortent le doute jeté par l'expérience sur la validité des arguments relatifs à l'irreproductibilité des œuvres d'art.
Dans « L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique » (1936), Walter Benjamin affirme que les œuvres d'art ont toujours été reproductibles, car « ce que des hommes avaient fait, d'autres pouvaient toujours le refaire ». Néanmoins, au moment où se développe une reproductibilité technique fort différente de la copie manuelle, il pointe le trait spécifique qui distingue radicalement l'original de sa copie : « À la plus parfaite reproduction il manquera toujours une chose : le hic et nunc de l'œuvre d'art – l'unicité de son existence au lieu où elle se trouve. » Aussi la reproduction est-elle toujours privée de l'aura, « trame singulière d'espace et de temps », qui s'attache à l'original.
La sculpture offre un vaste champ de réflexion, car le statut des œuvres y pose des problèmes auxquels le grand public ne songe guère. Beaucoup de sculpteurs, tel Rodin, furent des modeleurs. Leurs œuvres en m […]
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