2. La peinture
Ainsi qu'il a été dit plus haut, c'est au xxe siècle que se développe l'utilisation des mathématiques à des fins de création artistique, principalement à partir de 1950. C'est notamment le désir d'utiliser l'ordinateur qui a conduit un certain nombre d'artistes à rechercher une éducation mathématique.
Les motivations des artistes sont néanmoins très diverses. Pour les uns il s'agissait de chasser, dans toute la mesure du possible, la subjectivité. Lier des éléments affectifs à des notions quantitatives paraissait la meilleure façon d'y parvenir. Vera Molnar publie en 1980 Un pour cent de désordre. Ce recueil composé de vingt planches carrées de petit format propose l'introduction systématique de 1 p. 100 de désordre dans une organisation plastique rigoureuse commune à toutes ces planches. D'une planche à l'autre, la « localisation » du désordre varie. L'artiste affirme ainsi qu'un ordre total et uniforme est insupportable à la sensibilité artistique ; que la présence d'un certain désordre est nécessaire au jeu de cette sensibilité mais que plus le désordre est petit plus la beauté plastique de l'image augmente. Le choix du pourcentage de 1 p. 100 est subjectif. Le credo est que la détermination du pourcentage convenable doit être recherchée systématiquement. C'est ici qu'intervient le recours aux mathématiques. Il ne s'agit aucunement d'affirmer que la beauté supposée ou affirmée d'une structure mathématique serait automatiquement transférée de la mathématique dans le domaine exploré grâce à la mathématique, mais que, sans la mathématique, l'exploration serait impossible. Toutefois, l'organisation initiale totale dans laquelle le désordre mesuré est introduit n'est pas indifférente. Elle implique au moins le recours à des éléments géométriques strictement définis, donc un choix parmi tous les éléments possibles, et la sensibilité de l'artiste ne peut jouer que dans un domaine constitué d'éléments « mathématiques ». Le traitement effectué, la délectation pure est théoriq […]
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