Quels que soient les rapports de tout art avec la collectivité, on parle précisément d'art collectif quand les œuvres sont produites, non par des personnes individuelles, mais par des groupes. C'est sous l'angle poïétique, par l'examen des instances créatrices non individuelles, que le concept d'art collectif a pris consistance : le développement de l'ethnologie, de l'anthropologie, et la prise en compte des arts populaires, ont imposé le dépassement du dogme que toute création ne peut venir que d'un individu. Mais la variété des groupes sociaux créateurs impose des distinctions d'espèces dans le domaine général des arts collectifs.
D'abord, les collaborations interindividuelles de deux ou trois personnes, si elles relèvent d'un groupe minimal, ne peuvent guère être considérées comme des phénomènes collectifs. On parlera de création transindividuelles pour Breton et Soupault, par exemple, écrivant Les Champs magnétiques, Picasso et Braque créant le cubisme, pour les Goncourt ou les Brontë. Des problèmes spécifiques, qu'on retrouvera à tous les niveaux de la création collective, se posent déjà ici : comment le jeu en commun se dépasse-t-il vers la création d'une œuvre ? Comment les personnes parviennent-elles à dominer leur quant-à-soi en faveur de l'ouvrage commun ?
Les équipes, troupes, ateliers (au théâtre et au cinéma surtout), quand ces groupes ne sont pas seulement des agents d'exécution d'un programme signé par un auteur, mais se transforment en « collectif de travail », ont donné, dans la période récente, de bons exemples d'art collectif. Ainsi, le Théâtre du Soleil, le Groupe d'étude et de recherche musicales (G.E.R.M.), la coopérative picturale des Malassis, et, auparavant, les ateliers du Bauhaus. Certains arts d'équipe sont à ce point tributaires des compétences particulières apportées par chacun des collaborateurs, qu'une question juridique se pose parfois à leur sujet : celle de savoir qui doit toucher les droits d'auteur.
Distincts de ces équipes sont les […]
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