3. La promotion des avant-gardes internationales
Il est relativement aisé de définir le marché de l'art contemporain en l'opposant à celui de l'art ancien. L'offre est potentiellement indéfinie et l'estimation de la valeur esthétique dominée par l'incertitude. Le renouvellement continu des avant-gardes et la concurrence des idéologies artistiques, au cours des dernières décennies, interdisent tout consensus des professionnels du jugement esthétique qui sont ici les critiques d'art, les conservateurs de musée et les multiples agents intervenant dans les institutions culturelles.
Ces oppositions ne sauraient cependant faire perdre de vue que les stratégies de monopole mises en œuvre, depuis l'impressionnisme, dans le marché de l'art contemporain consistent à créer artificiellement des conditions se rapprochant de celles qui sont données d'emblée dans le marché de l'art ancien. La clef de voûte du système est le marchand entrepreneur, au sens que Joseph Schumpeter donne au terme, c'est-à-dire innovateur. Une variante du type entrepreneur s'est élaborée au cours des trente dernières années. L'entrepreneur « nouveau style » se distingue des pères fondateurs – P. Durand-Ruel, Ambroise Vollard ou D. H. Kahnweiler – par un usage différent du temps. C'est l'opposition entre deux conceptions du marché, l'une fondée sur l'éternité de l'art et l'autre fondée sur le « tourbillon innovateur perpétuel » (J. Schumpeter), l'opposition entre la stratégie du temps long et des succès différés et la stratégie du temps court et du renouvellement continu.
Pour de tels marchands, il s'agit moins de découvrir un artiste singulier que de promouvoir un mouvement. Les lancements, qui se succèdent à un rythme rapide – sinon celui des Biennales, du moins celui des Quadriennales (de Cassel en particulier) – sont effectués d'emblée au niveau international. Les artistes suivent, de musée en musée, aux États-Unis, en Europe et au Japon, un parcours culturel obligé, en même temps qu'ils sont représentés da […]
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