7. L'objet de civilisation au Moyen Âge et à la Renaissance
Dans La Figure et le lieu, l'ordre visuel du Quattrocento, Pierre Francastel applique à la peinture traditionnelle l'idée d'objet de civilisation. Lorsque, dans une œuvre du Moyen Âge, on voyait une grotte ou un rocher, cela signifiait, pour les spectateurs de l'époque, le lieu de rencontre du visible et de l'invisible, du Bien et du Mal, etc. La grotte était en effet un des accessoires principaux du théâtre médiéval, réalisé en carton pâte et duquel, le plus souvent, sortaient des diables que venaient combattre et refouler de valeureux chevaliers. Le trône monumental, d'autre part, sur lequel siègent, à travers tout l'Occident chrétien, d'innombrables Vierges en majesté, possède pour fonction de rappeler à tous la puissance terrestre et céleste de l'Église. Il est, lui aussi, un accessoire – comme les autres accessoires presque toujours construits par les artistes eux-mêmes – qui servait à la paraliturgie à l'occasion des fêtes religieuses et qu'on pouvait voir défiler dans la rue les jours de procession. À chaque fois, l'objet est un signe : son image renvoie non seulement à lui-même mais à un ensemble de valeurs institutionnalisées. À la notion d'un hypothétique progrès dans l'art de l'imitation se substitue celle de phases qui se suivent, s'interpénètrent et procèdent aussi bien de représentations mentales que de références à la réalité visuelle. Cela permet un classement plus souple des œuvres picturales, lié à la situation concrète des sociétés.
Francastel montre comment s'organise l'Adoration des Mages de Gentile da Fabriano. Le tableau, peint en 1423 et commandé par Palla Strozzi, contient, à côté d'objets traditionnels comme le rocher-caverne, la haie, la mer et le navire, qui reproduisent des machines matériellement présentes dans les magasins d'accessoires des confréries, une série d'éléments nouveaux : le cheval, par exemple, qui apparaît parce que le commanditaire désire faire valoir sa qualité de chevalier, le thème du co […]
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