2. Fonctions traditionnelles
Elle repose, en premier lieu, sur l'idée que la peinture a pour fonction ancestrale de représenter ou copier la nature ; les frondaisons, les ciels d'orage, les cours d'eau seraient les thèmes éternels que l'artiste ne peut abandonner sous peine d'engager la création picturale dans l'impasse. Cette opinion est moins ancienne et moins nécessaire qu'on ne le croit généralement.
Lorsque Léonard de Vinci s'attache à peindre le visible, la Nature, avec un grand « N », n'est jamais pour lui et pour ses contemporains que le « système du monde », c'est-à-dire une conception de l'univers physique, accordée à la science et aux techniques de son temps. De plus, tout l'art occidental, s'il est d'apparence réaliste, n'en véhicule pas moins, de la figure de l'éphèbe antique à celle de l'homme « mesure de toute chose » qui a prévalu à la Renaissance, un certain nombre de valeurs qui viennent doubler la vision directe des êtres et des choses. Pendant des siècles, les artistes ont peint la vie et la mort du Christ, les scènes de la mythologie gréco-romaine, les couronnements, les batailles, pour une société nourrie de culture classique qui les identifiait au premier coup d'œil. « Rappelez-vous donc, jeune homme, que quand on exécute une figure, on doit toujours penser à l'antique. La nature, mon ami, c'est très bien comme élément d'étude, mais ça n'offre pas d'intérêt », enseignait encore Gleyre à Claude Monet. L'impressionnisme a été, au contraire, le premier grand mouvement pictural à rompre avec les « sujets nobles » dont on pensait jusqu'alors qu'ils étaient seuls générateurs de beauté.
Il remplace, en effet, la fiction narrative (raconter la vie et la mort du Christ, etc.) sur laquelle est fondée la tradition, par une observation du visible. On attribue le plus souvent le scandale dont il fut l'objet, à la fin du xixe siècle, à l'utilisation de tons clairs, de pastilles colorées, au style d'esquisse qui faisaient dire aux contemporains de Pissarro et de Renoir que leur art […]
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