3. L'art anglo-saxon de la période chrétienne
La christianisation de l'Angleterre barbare, dont la progression fut spectaculaire au viie siècle, ne provoqua pas de solution de continuité dans l'évolution de l'art anglo-saxon, mais au contraire le stimula et le diversifia. L'artisanat de la période païenne se poursuivit – la tombe de Sutton Hoo, postérieure de plusieurs décennies à la mission du moine Augustin, le prouve –, mais il devient de plus en plus difficile à suivre en raison de la disparition plus rapide que sur le continent de la coutume funéraire de l'inhumation habillée. En revanche, l'Église suscita des productions artistiques – objets liturgiques de métal, monuments sculptés et manuscrits enluminés – dont un certain nombre nous sont parvenues et constituent notre meilleure source documentaire pour la période qui va du viie au ixe siècle.
• Les objets de métal
Qu'il s'agisse de bijoux ou d'objets liturgiques, les orfèvres anglo-saxons conservèrent à l'époque chrétienne les techniques et les styles acquis au cours de la période précédente : cloisonné (croix pectorale de saint Cuthbert, viie siècle, cathédrale de Durham), imitation de la taille biseautée et « Style II », celui-ci évoluant vers plus de réalisme (épingles de Witham, viiie s.). Vers la fin du viiie siècle, la taille biseautée fut remplacée par la ciselure ou la gravure de plaques d'argent, avec des motifs traités en aplats et parfois pointillés et des rehauts de nielle. La fibule de Strickland (du nom de son acquéreur, ixe s.) ou les appliques du trésor de Trewhiddle, en Cornouailles (enfoui vers 875), sont représentatives de ce nouveau style anglo-saxon, dit « Style de Trewhiddle ».
La réputation des orfèvres insulaires est alors telle qu'on fait appel à eux à Rome (schola Saxonum) pour fabriquer les ornements d'autel de Saint-Pierre. D'autres objets célèbres, comme le calice offert par le duc de Bavière Tassilon III (748-788) à l'abbaye de Kremmünster (conservé à l'abbaye, en Autriche), attestent leur influence directe, […]
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