6. La fin de l'ars nova
À la limite du xive et du xve siècle, l'ars nova se désagrège sous le poids d'une complexité accrue de la notation, dont les célèbres manuscrits 1047 du musée Condé de Chantilly et latin 568 de la bibliothèque Estense de Modène portent témoignage. Un raffinement excessif se traduit par des énigmes rythmiques de plus en plus difficiles à résoudre, voire par des artifices graphiques (Baude Cordier, par exemple, dispose ses portées en forme de cœur pour son rondeau Belle, bonne et sage ou en forme de cercle, pour le canon Tout par compas suis composé). Ces fantaisies et cet hermétisme relèvent de l'intellectualisme le plus gratuit.
En Italie, où la notation française avait finalement triomphé de l'autochtone, quelques théoriciens se tournent encore vers le passé : Prosdocimus de Beldemandis, Jo Ciconia (le Liégeois établi à Padoue) et Ugolino de Orvieto (1380 env.-1457 env.), auteur d'une Declaratio musicae disciplinae, encore imprégnée de l'esprit médiéval. Mais ce ne sont que les derniers échos d'un monde désormais révolu.
Le xve siècle allait voir naître une esthétique nouvelle. Il appartenait à l'Anglais Dunstable et au Cambrien Guillaume Dufay d'ouvrir la voie.
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