3. L'arrangement et la liberté à l'égard de l'œuvre originale
À l'époque romantique, époque où l'interprétation fut considérée comme un acte de création, on vit apparaître des arrangements qui étaient de véritables re-créations libres d'autres œuvres, l'arrangement étant tenu pour une extrapolation de l'interprétation. Quelquefois, ces arrangements concernaient des œuvres à peine achevées (sur le plan de la composition musicale), des thèmes célèbres ou des motifs populaires. Il faut citer, dans cet ordre d'idées, la célèbre Marche de Rakoczi, dite aussi Marche hongroise, et dont nous connaissons au moins deux exemples d'arrangements célèbres et fort différents : le premier par Berlioz, sous le titre de Marche hongroise dans son oratorio La Damnation de Faust, le second par Liszt dans sa Quinzième Rhapsodie pour piano. D'autres fois, les arrangements s'adressaient à des œuvres que nous estimons classiques mais qui, au moment considéré, étaient inconnues du public. L'arrangement avait donc pour but de les vulgariser en les rendant aptes à figurer au répertoire des grands virtuoses. C'est ainsi que des œuvres pour orgue de J.-S. Bach furent transcrites et arrangées pour le piano par Liszt, Tausig, d'Albert ou Reger, et, plus près de nous, par Busoni.
Toujours à l'époque romantique, une forme particulière d'arrangements connut une vogue immense. Elle consistait à transcrire, à l'usage des virtuoses, les pages qui étaient alors célèbres ou seulement admirées par lesdits virtuoses, pour en faire des morceaux de concert. Mais cette transcription, extrêmement libre, comportait des parties ajoutées, soit sous forme de variations, soit sous forme de développements. Paganini transcrivit ainsi pour le violon seul une grande quantité de musique. Liszt fit de même pour le piano et l'on connaît même, de lui, un arrangement sur le « Chœur des fileuses » extrait du Vaisseau fantôme de Wagner. Même Chopin, dont la discrétion était extrême, a sacrifié à cette mode en écrivant sa Fantaisie op. 2 pour piano […]
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