2. La notion décisive de « rite de passage »
« Livre capital », disions-nous des Rites de passage. Capital, en effet, dans l'œuvre de Van Gennep, pour qui, de son aveu même, c'était « comme un morceau de sa chair et le résultat d'une sorte d'illumination interne qui mit subitement fin à des sortes de ténèbres où je me débattais depuis près de dix ans ». Capital surtout parce qu'il met au jour un concept d'une très grande importance dans l'étude des sociétés humaines et de leur fonctionnement. Sans doute convient-il de se demander d'abord ce que sont les rites de passage.
Les rites de passage sont les rites qui accompagnent les changements de lieu, d'état, d'occupation, de situation sociale, d'âge. Ils rythment le déroulement de la vie humaine, « du berceau à la tombe ». Et, puisque cette vie humaine s'inscrit dans une périodicité naturelle, d'autres rites marquent les passages d'une année à l'autre, d'une saison à l'autre et d'une lunaison à l'autre. Ils comportent toujours trois stades successifs : de séparation, de marge, d'agrégation. Cette séquence se retrouve invariablement, en dépit du fait qu'un de ces stades puisse être plus ou moins marqué. On sait que Van Gennep insista toujours beaucoup sur la similitude des rites de passage et des passages matériels. Il entendait par passage matériel un col en montagne, un cours d'eau, le seuil d'une maison ou d'un temple, un portique, la frontière entre deux territoires ou pays, etc. Les rites de passage non seulement comportent très souvent dans leur cérémonial le franchissement réel d'un passage matériel, mais ils ont, en outre, pour modèle ces passages matériels, ils sont calqués sur eux. C'est dire que les rites de passage, en plus de leur caractère temporel évident dans leur forme – la succession des trois stades – et dans leur fonction – la scansion de l'écoulement du temps –, possèdent aussi une dimension spatiale moins manifeste au premier abord. Ils sont, grâce à ce double caractère, véritablement coextensifs à la nature h […]
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