3. Du « breakdown » à la dissolution
Une civilisation, pendant sa croissance, forme un tout, une unité dans laquelle la minorité créatrice est librement suivie par la majorité qui l'imite (c'est le phénomène de la mimèsis). Le déclin des civilisations, sur lequel Toynbee s'attarde longuement, se manifeste par le schisme qui se produit à l'intérieur de cette unité. La première étape du processus de déclin coïncide avec l'incapacité dans laquelle une civilisation se trouve de répondre victorieusement à un défi et à poursuivre son effort vers l'autodétermination : c'est le moment du breakdown, où la minorité, victime de la nemèsis de la créativité, perd son pouvoir créateur et dégénère en minorité dominante à laquelle s'opposent le prolétariat intérieur (lutte des classes) et le prolétariat extérieur (guerre permanente aux frontières).
Le breakdown et la dissolution finale peuvent être séparés par des siècles, voire des millénaires (Égypte, Chine). Cette période est marquée par trois créations caractéristiques. Les minorités dominantes créent un État universel (dont l'Empire romain est le meilleur exemple), le prolétariat extérieur se livre à la Völkerwandeurung, et ses hordes barbares fondent des royaumes héroïques qui s'opposent à l'État universel. Quant au prolétariat intérieur, il crée une Église universelle (christianisme, bouddhisme) dans laquelle s'incarne une nouvelle foi religieuse. Quand l'État universel s'écroule, l'Église universelle sert de pont et de fondation pour une nouvelle civilisation.
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