2. Les civilisations et leur genèse
Helléniste de formation, Toynbee fut frappé, pendant la guerre de 1914-1918, par le parallélisme étroit qui pouvait être établi entre la crise qui secouait l'Europe et la guerre du Péloponnèse décrite par Thucydide. Cette constatation lui fit entrevoir, comme il le raconte lui-même, que toutes les civilisations sont « philosophiquement contemporaines » et que leur étude comparée doit permettre de déterminer un certain nombre de constantes. Il retrouvait là, sans le savoir, le postulat sur lequel Spengler, au même moment, fondait son ouvrage, Le Déclin de l'Occident. La lecture de cet ouvrage impressionna Toynbee sans le faire renoncer à son projet, dans la mesure où le fatalisme biologique et le dogmatisme métaphysique du philosophe allemand heurtaient son empirisme anglo-saxon.
L'« unité intelligible » qui s'offre à l'étude de l'historien, selon Toynbee, n'est ni l'humanité considérée comme un tout, ni la nation, mais la « civilisation ». La civilisation ainsi entendue est proche, à bien des égards, de la culture au sens spenglérien ; cependant elle n'est pas un organisme, elle résulte de relations interindividuelles, et sa naissance, son évolution, ses réussites, ses échecs ont une signification spirituelle et témoignent de l'effort des hommes pour dépasser le stade de l'humanité primitive. Par ailleurs, les civilisations ont des rapports entre elles et ne sont pas totalement refermées sur elles-mêmes comme le sont les cultures chez Spengler. Sans clairement définir ses critères théoriques, et en prenant comme modèle la civilisation gréco-romaine (qu'il appelle la civilisation hellénique), Toynbee distingue ainsi vingt et une civilisations, passées ou présentes, auxquelles il faut ajouter des civilisations « fossiles », « avortées » ou « immobilisées ».
Comment ces civilisations se sont-elles dégagées de l'humanité primitive et ont-elles émergé en tant que telles ? Toynbee refuse l'explication par des facteurs déterminants, race ou environneme […]
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