Genre mal défini et peu rigoureux, la « philosophie de l'histoire » suscite la méfiance des historiens, des sociologues, des anthropologues, des épistémologues des sciences humaines, mais elle garde tout son pouvoir d'attraction sur un vaste public que le malaise du présent pousse à chercher dans le passé le secret de l'avenir. Helléniste, historien, diplomate, Toynbee a mis sa culture et son expérience au service d'une entreprise monumentale qui consiste à faire l'inventaire des civilisations et à embrasser leur histoire pour les comparer systématiquement et essayer de dégager les lois de leur devenir. Tentative féconde ou absurde ? Les avis sont partagés. Toujours est-il que A Study of History a mis en circulation un certain nombre de thèmes qui ont été largement popularisés, comme celui des défis auxquels les civilisations doivent répondre victorieusement pour échapper au déclin qui les menace.
1. La vie et l'œuvre
Arnold Joseph Toynbee est né à Londres en 1889. Après des études à Winchester et à Balliol College (Oxford), il devient « fellow », puis « tutor » dans cet établissement. En 1913, il épouse Rosalind Murray, fille du grand helléniste Gilbert Murray. À la conférence de la Paix, en 1919, il fait partie de la délégation britannique en tant qu'expert des questions du Moyen-Orient. De 1919 à 1924, Toynbee occupe la chaire de byzantin et de grec moderne à l'université de Londres, puis, de 1925 jusqu'à sa retraite, en 1955, il est directeur des études au Royal Institute of International Affairs (Chatham House) et professeur d'histoire internationale à l'université de Londres. Ses écrits, abondants et variés, comprennent des études sur l'histoire ancienne, les problèmes contemporains et les affaires internationales (il dirige la publication de The Survey of International Affairs), mais son œuvre capitale est A Study of History, dont la parution s'étend de 1934 à 1961. L'abrégé des six premiers volumes par D. C. Somervell (publié en français sous le titre L'Histoire. Un essai d'interprétation) con […]
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