Le chef d'orchestre suisse Armin Jordan était considéré dans son pays comme le successeur d'Ernest Ansermet. Mais, au-delà de cet héritage très lourd, qu'il a assumé à la tête de l'Orchestre de la Suisse romande, Jordan était l'une des figures les plus aimées et les plus atypiques de la direction d'orchestre de son temps.
Il naît à Lucerne le 9 avril 1932, d'un père alémanique et d'une mère romande, ce qui lui permet d'être élevé dans les deux cultures. Il commence à étudier le piano à l'âge de douze ans puis poursuit des études universitaires à Fribourg (lettres, droit et théologie) tout en travaillant au Conservatoire de cette même ville. Il suit les cours de direction d'orchestre de Hans Haug au Conservatoire de Lausanne et travaille à Genève avec Maroussia Lemarc'hadour, qui lui révèle les secrets de l'accompagnement d'opéra. En 1949, il forme un petit orchestre à Fribourg, l'Orchestre Pro Musica, et est engagé comme répétiteur au Théâtre de Bienne-Soleure. Pendant six ans, il gravit les marches de la hiérarchie, dirige son premier opéra en 1957, et apprend toutes les ficelles du répertoire lyrique avant d'être nommé à l'Opéra de Zurich (1963-1968), où il côtoie Carlos Kleiber, à l'aube de sa carrière également. Il occupe ensuite des fonctions analogues à Saint-Gall (1968-1971) puis est nommé chef permanent (1969) et directeur musical (1973-1989) à l'Opéra de Bâle. Entre 1973 et 1985, il est à la tête de l'Orchestre de chambre de Lausanne, qu'il rénove entièrement et hisse au niveau des meilleures phalanges helvétiques. Puis il est le premier chef suisse depuis Ernest Ansermet à occuper la direction musicale de l'Orchestre de la Suisse romande, à Genève (1985-1997). Là aussi, il mène à bien une politique de renouveau spectaculaire. Entre 1986 et 1993, il est en outre chef invité privilégié de l'Ensemble orchestral de Paris : troisième sauvetage d'orchestre en péril. Il décide alors de ne plus diriger qu'en invité. En France, il est un habitué de l'Opéra national de Paris, de l'Orchestre de Paris et […]
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