5. La Traversée des langages
À compter des années 1990, Gatti s'aventure dans une nouvelle séquence d'écriture : « La Traversée des langages ». Le langage journalistique a fait très tôt, pour lui, la preuve de son échec. Le langage politique a failli. Gatti radicalise ces impuissances. Aucun langage, seul, n'est apte à dire la vérité. Il faut donc les convoquer tous, les traverser, ne trouver asile dans aucun en particulier. C'est du choc de leur rencontre que peuvent naître des parcelles de vérité. Ses expériences, sans acteurs, sans personnages, sans psychologie, se passent désormais de spectateurs. Quelques témoins volontaires assistent aux rares présentations, sur trois ou quatre jours, du travail mené. Une après l'autre, ses pièces-traversées, riches de tout un légendaire (Auguste Blanqui, Jean Cavaillès, Michèle Firk), conduites par une ambition incommensurable pour le théâtre et la poésie, tentent de faire advenir « le mot juste » sur une aire de jeu. En 1999, paraît un « livre-monstre », au titre emblématique, La Parole errante, une autobiographie qui est à l'image de l'œuvre : démesurée, impossible à classifier et portée par une certitude, celle du militant Yon Sosa, que cite souvent Gatti : « l'arme du guérillero, c'est le mot ».
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



