4. Possibilisme et déterminisme
En 1977, à Saint-Nazaire, lors d'une exposition-spectacle consacrée aux dissidents soviétiques, Gatti constate l'épuisement du « langage gauchiste ». Partout, l'espérance révolutionnaire reflue. Avec sa « tribu », il part travailler pour plusieurs années à Toulouse. C'est là qu'il systématise son travail avec les « loulous » : son éloignement de l'institution, des expériences malheureuses l'ont convaincu de cesser de faire du théâtre avec des acteurs professionnels. Ses créations, désormais, se feront avec des « exclus » : précaires, prisonniers, drogués, etc. Cela, toutefois, loin de toute volonté d'« animation sociale ». Gatti ne vient ni guérir ni panser les plaies d'une société inégalitaire. Ses recherches en font foi : sans abandonner ses précédentes solidarités, son inspiration (re)découvre de nouveaux continents. D'une part, il revient sur la question du génocide nazi, à laquelle il avait déjà consacré plusieurs pièces dans les années 1960 et un film (L'Enclos, 1960). Qu'est-ce qu'« Auschwitz » a fait au langage et à la pensée ? Comment le dire – et non le représenter – sur une aire de jeu (Le Chant d'amour des alphabets d'Auschwitz, 1993) ? D'autre part, il s'intéresse à la science, ce que celle-ci transforme dans l'esprit, ébranlant les certitudes, les déterminismes, révélant les infinies possibilités qui bouleversent et l'existence et le monde (Kepler, le langage nécessaire 1994 ; Incertitudes de Weiner Heisenberg, 1999). Son théâtre adopte, dans ses formes, le cheminement d'une pensée, frayant entre science et mémoire une place possible pour les combats du présent. En 1987, Armand Gatti s'est installé à Montreuil. Ses Œuvres complètes sont publiées en 1991 chez Verdier.
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