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ARGENTINE Chronologie (1990-2008)

1.  Politique intérieure

Le 3 décembre 1990, une rébellion militaire à Buenos Aires échoue. Les mutins, des militaires ultranationalistes se réclamant du colonel rebelle Mohamed Ali Seineldin, se rendent après de violents combats qui font au moins treize morts. Près de six cents militaires et civils rebelles sont arrêtés.

Le 29 décembre, les principaux chefs de la junte militaire sont graciés par le président Carlos Menem. Au pouvoir de 1976 à 1983, ils avaient été condamnés en 1985 pour leur responsabilité dans la disparition de milliers de personnes victimes de la lutte menée contre la « subversion » d'extrême gauche. Le lendemain, 40 000 personnes manifestent dans la capitale en portant un brassard noir en signe de deuil et de protestation contre la grâce présidentielle.

Le 8 septembre 1991, le Parti justicialiste au pouvoir triomphe de la première épreuve électorale importante depuis l'élection de Carlos Menem en mai 1989. Il obtient 10 des 12 postes de gouverneur de province en jeu. Le président a réussi à rassembler sur son programme une partie des classes moyennes, après sa rupture, en juillet, avec trois des principaux dirigeants du syndicalisme, qui estimaient que le pacte conclu en 1945 entre le général Perón et leur mouvement était brisé.

Le 14 novembre 1993, le président Menem et le chef de l'opposition radicale, l'ancien président Raúl Alfonsín concluent un « pacte démocratique ». Celui-ci autorise la réélection du chef de l'État pour un second et dernier mandat, réduit à quatre ans, et accroît les pouvoirs du Parlement au détriment de ceux du président. Cette réforme constitutionnelle est adoptée par le Parlement en décembre.

Le 10 avril 1994, les électeurs se prononcent sur l'accord conclu en novembre 1993 entre le président Menem et Raúl Alfonsín. Les résultats des élections (bon score du Parti justicialiste et, dans une moindre mesure, du Parti radical) donnent à Carlos Menem l'assurance d'obtenir la majorité à l'Assemblée constituante qui doit se réunir dans les deux mois. Il pourra également briguer un second mandat en 1995.

Le 21 août, l'Assemblée constituante adopte, à l'unanimité, la nouvelle Loi fondamentale qui autorise le chef de l'État à briguer un second mandat consécutif. La Constitution réaffirme également la souveraineté de l'Argentine sur les îles Malouines.

En février 1995, les aveux d'un officier d'aviation qui reconnaît avoir précipité dans la mer des prisonniers vivants depuis son avion, durant la période de la dictature (1976-1983), relancent le débat sur les « disparus ». Ils sont suivis d'autres témoignages identiques. Le président Menem demande que le passé soit oublié. L'armée est toutefois contrainte de procéder publiquement à son autocritique.

Le 14 mai, Carlos Menem, président depuis mai 1989, est réélu dès le premier tour à la tête de l'État pour un mandat de quatre ans – au lieu de six, auparavant –, avec 49,7 p. 100 des suffrages – 45 p. 100 suffisent au premier tour. Son principal adversaire, José Bordón, un dissident péroniste dirigeant la coalition de centre-gauche du Frepaso (Front pour un pays solidaire), qui avait fait campagne contre la corruption du pouvoir, obtient 29,4 p. 100 des voix. Horacio Massaccesi, candidat du Parti radical, ne recueille que 17 p. 100 des suffrages. Le Parti justicialiste remporte la majorité absolue au Parlement, avec 132 sièges sur 257. Le Parti radical en obtient 71 et le Frepaso, 27.

Le 9 février 1996, José Bordón annonce qu'il quitte le Frepaso pour prendre la direction d'un parti péroniste dissident hostile au président Menem.

En février, le Congrès accorde des pouvoirs exceptionnels au président Menem pour poursuivre la réforme de l'État.

Le 30 juin, lors des élections municipales, le candidat du Parti radical, Fernando de la Rúa, devient le premier maire de Buenos Aires élu au suffrage universel direct.

Le 26 juillet, le ministre de l'Économie, Domingo Cavallo, démissionne. Partisan d'un approfondissement de la politique de réformes économiques, il avait publiquement dénoncé les réseaux « mafieux » agissant jusque dans l'entourage du chef de l'État. Il est remplacé par Roque Fernández, président de la banque centrale, un technicien tout aussi ultralibéral.

Le 26 octobre 1997, le Parti justicialiste du président Menem perd la majorité absolue au Congrès à l'issue d'élections législatives partielles. Les résultats du scrutin profitent à l'Alliance, qui regroupe l'Union civique radicale de Raúl Alfonsín et le Frepaso de Carlos « Chacho » Álvarez.

Le 15 janvier 1998, dans un entretien publié dans la presse, l'ancien capitaine de frégate Alfredo Astiz confirme, sans remords et sur un ton menaçant, l'ampleur de la répression menée – notamment par lui-même – sous le régime militaire, de 1976 à 1983. Bien qu'amnistié dans son pays, il est aussitôt placé aux arrêts. Le 23, le président Menem, qui a demandé à la justice de poursuivre le capitaine Astiz pour ses propos, destitue celui-ci de son titre et le prive des avantages financiers qui s'y rattachent.

Le 24 octobre 1999, le maire radical de Buenos Aires, Fernando de la Rúa, candidat de l'Alliance d'opposition qui regroupe l'Union civique radicale et le Frepaso, remporte l'élection présidentielle avec 48,5 p. 100 des suffrages. Il devance le candidat du Parti justicialiste (péroniste), Eduardo Duhalde (38 p. 100), et l'ancien ministre des Finances, Domingo Cavallo, chef du parti Action pour la République (10,2 p. 100). Fernando de la Rúa aura pour vice-président le chef du Frepaso, Carlos Álvarez. Aux élections législatives organisées le même jour, l'Alliance remporte une majorité relative (43,6 p. 100 des suffrages et 63 des 130 sièges renouvelables). Le Parti justicialiste perd la majorité absolue (33,7 p. 100 des voix et 50 élus) ; Action pour la République obtient 9 députés (7,6 p. 100 des suffrages). Les péronistes conservent la majorité au Sénat.

Le 6 octobre 2000, le vice-président Carlos Álvarez, chef du Frepaso, dénonce une affaire de corruption et démissionne de ses fonctions, ce qui remet en cause l'unité de l'Alliance.

Le 16 mars 2001, le ministre de l'Économie, Ricardo López Murphy, annonce un plan d'austérité qui suscite de vives protestations dans l'opinion et dans la classe politique. Quatre ministres démissionnent. Le 20, Ricardo López Murphy est remplacé par Domingo Cavallo. Le 21, une grève générale organisée par les principales centrales syndicales paralyse l'activité du pays.

Le 7 juin, Carlos Menem est arrêté et inculpé pour son rôle présumé dans une affaire de corruption liée à la vente illégale d'armes à la Croatie et à l'Équateur, entre 1991 et 1995. Il est assigné à résidence.

Le 1er juillet, l'ancien officier de marine Alfredo Astiz, recherché par les justices italienne et française pour son rôle durant la dictature militaire, se rend aux autorités judiciaires, qui rejetteront les demandes d'extradition présentées par Paris et Rome. Le 10, l'ancien général putschiste Jorge Videla est inculpé et incarcéré pour sa participation, dans les années 1970 et 1980, au plan Condor d'élimination des opposants politiques.

Le 11 juillet, après trois mois de crise financière aiguë, le gouvernement annonce un plan de réduction massive des dépenses publiques – le septième adopté sous la présidence de Fernando de la Rúa. Ce plan est jugé insuffisant par les milieux économiques. Le 12, la Bourse de Buenos Aires perd 8,16 p. 100, entraînant dans sa chute l'ensemble des places latino-américaines. Le 31, des dizaines de milliers de personnes manifestent leur mécontentement dans tout le pays.

Le 14 octobre, l'Alliance au pouvoir subit un grave revers lors des élections législatives. Le Parti justicialiste conserve sa majorité absolue au Sénat – avec 41 élus sur 72 contre 25 pour l'Alliance – et reconquiert une majorité relative à l'Assemblée fédérale. Il y obtient 66 sièges sur les 127 renouvelables (116 sur 257 au total), contre 35 pour l'Alliance (88 députés au total). L'Alternative pour une République d'égaux, qui prône principalement la lutte contre la corruption, s'affirme comme la troisième force politique du pays, avec 8 élus à l'Assemblée (31 au total).

Le 1er décembre, le gouvernement adopte des mesures de limitation des retraits bancaires et des sorties d'argent vers l'étranger afin de freiner la fuite des capitaux et la spéculation. Ces mesures provoquent un mouvement de panique chez les épargnants. Le 5, le blocage par le F.M.I. du versement d'une aide financière menace l'Argentine de cessation de paiement. Le 19, alors que des pillages de magasins se produisent depuis plusieurs jours dans tout le pays, des dizaines de milliers de personnes manifestent à Buenos Aires pour exiger le départ du président de la Rúa et de Domingo Cavallo. La répression de ces émeutes fait cinq morts. Le gouvernement présente sa démission. Le président de la Rúa proclame l'état de siège. Le 20, les émeutes se poursuivent à Buenos Aires et en province, provoquant la mort d'au moins vingt-quatre autres personnes. Le président de la Rua annonce sa démission. Le 23, le Congrès élit à la présidence le péroniste Adolfo Rodríguez Saa, gouverneur de la province de San Luis. Celui-ci décide aussitôt la suspension du paiement de la dette publique fédérale, qui s'élève à 132 milliards de dollars – il s'agit du plus important moratoire jamais annoncé dans le monde. En outre, Adolfo Rodríguez Saa annonce un vaste programme social. Le 28, de nouvelles manifestations, alimentées par la crainte d'une dévaluation et par la corruption de certains membres de la nouvelle équipe, dégénèrent en émeutes dans la capitale. Le 30, Adolfo Rodríguez Saa, dont les décisions politiques et les ambitions personnelles sont dénoncées, démissionne.

Le 1er janvier 2002, le Congrès élit le péroniste Eduardo Duhalde à la présidence de la République jusqu'à la fin du mandat en cours, en décembre 2003. Ancien gouverneur de la province de Buenos Aires et ancien vice-président de Carlos Menem, le nouvel élu était devenu le principal opposant à la politique néo-libérale pratiquée par ce dernier. Le 3, Eduardo Duhalde présente son gouvernement, qui est composé principalement de péronistes. Le 25, des concerts de casseroles visant à protester contre les restrictions financières et contre la corruption sont pour la première fois organisés dans tout le pays.

Le 1er février, la Cour suprême déclare anticonstitutionnelles les mesures de restriction des retraits bancaires. Le président Duhalde dénonce le « chantage » des juges de la Cour suprême, nommés par l'ancien président Carlos Menem, et affirme que l'Argentine est « au bord de l'anarchie ». Le 7, à Buenos Aires, des milliers de manifestants réclament la démission des membres de la Cour suprême, qu'ils accusent de corruption.

Le 26 juin, des heurts entre chômeurs et forces de l'ordre, à Buenos Aires, font deux morts.

Le 9 juillet, le président Duhalde annonce l'organisation d'une élection présidentielle anticipée en mars 2003, au lieu de décembre de la même année, comme initialement prévu. Le gouvernement et le F.M.I. continuent d'être les cibles de manifestations quotidiennes.

Le 14 mai 2003, quatre jours avant le second tour de l'élection présidentielle, Carlos Menem, qui était arrivé en tête au premier tour, le 27 avril, annonce son retrait de la compétition. Le gouverneur de la province de Santa Cruz (Patagonie), Nestor Kirchner, qui était soutenu par le président sortant et que les sondages donnaient gagnant, est automatiquement déclaré élu.

Le 21 août, le Parlement abroge les deux lois qui amnistiaient les militaires auteurs d'exactions durant la dictature. La loi dite « point final » de décembre 1986 et celle du « devoir d'obéissance » de juin 1987 avaient été adoptées sous la pression des militaires, dans les premières années du retour à la démocratie, à la suite du procès des chefs de la junte en 1985. Le Parlement donne également une valeur constitutionnelle à la convention des Nations unies de décembre 1968, qui rend imprescriptibles les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.

Le 20 avril 2004, la justice lance un mandat d'arrêt international à l'encontre de Carlos Menem, accusé d'administration frauduleuse de fonds publics. Celui-ci est réfugié au Chili, pays avec lequel l'Argentine n'a pas signé de traité d'extradition.

Le 14 juin 2005, la Cour suprême déclare inconstitutionnelles les lois d'amnistie dites du « point final » et du « devoir d'obéissance ». Les militaires inculpés depuis leur abrogation en août 2003 – au nombre d'une centaine – vont désormais pouvoir être jugés.

Le 23 octobre, les élections législatives partielles sont un succès pour la formation du président Kirchner qui obtient 40 p. 100 des suffrages. L'épouse du chef de l'État, Cristina Kirchner, est élue au Sénat devant une autre candidate péroniste, la femme de l'ancien président Eduardo Duhalde, jusqu'alors homme fort du péronisme argentin.

Le 4 août 2006, un tribunal fédéral de Buenos Aires condamne un ancien officier de police sous le régime de dictature militaire, Julio Simon, à vingt-cinq ans de prison pour violation des droits de l'homme. Il s'agit de la première condamnation pour ce chef d'accusation depuis l'abolition, en juin 2005, de l'amnistie des militaires coupables d'exactions durant la dictature.

Le 28 octobre 2007, la candidate péroniste Cristina Fernández de Kirchner, épouse du président sortant Nestor Kirchner, remporte dès le premier tour l'élection présidentielle en obtenant 44,9 p. 100 des suffrages, loin devant sa principale adversaire, Elisa Carrio, candidate de la Coalition civique de centre gauche, qui recueille 22,9 p. 100 des voix. L'élection au premier tour est acquise avec plus de 40 p. 100 des suffrages et au moins 10 p. 100 des voix d'avance. Le taux de participation est de 74,1 p. 100. Cristina Fernández de Kirchner succède à son mari le 10 décembre.

Le 11 mars 2008, la présidente Kirchner annonce une augmentation de 9 p. 100 des taxes sur les exportations de soja, de tournesol, de blé, de maïs. Les associations de grands propriétaires terriens lancent aussitôt une grève de la production, suspendant l'approvisionnement des villes. Le conflit s'exacerbe, le pouvoir refusant de négocier.

2.  Vie économique

En 1990, l'inflation se modère, en conséquence de la récession provoquée par la politique de choc de Carlos Menem. L'action du gouvernement s'appuie sur un important programme de privatisations (la compagnie des téléphones Entel et la compagnie aérienne Aerolíneas Argentinas), destiné à renflouer les caisses de l'État, mais surtout à alléger le poids budgétaire des subventions et du déficit des entreprises publiques. En avril, le F.M.I. donne un satisfecit à la politique du gouvernement et annonce en mai son intention de débloquer un crédit qui avait été gelé en raison de l'hyperinflation. L'Argentine reprend ses remboursements au F.M.I. qui avaient été interrompus en 1988. Un décret prévoyant le licenciement de 120 000 fonctionnaires en trois ans est signé en novembre.

En 1991, le dispositif clé du quatrième plan anti-inflation est constitué par la convertibilité de la monnaie, instaurée en avril. Le déficit budgétaire ne pourra plus être financé par l'émission de monnaie, à moins qu'elle ne soit couverte par de l'or ou des devises convertibles. En février, le Congrès approuve le volet fiscal du plan, visant à améliorer les finances par une augmentation des recettes, avec pour objectif la réduction du déficit budgétaire. En juillet, l'indexation des salaires est supprimée.

En 1992, le redressement de l'économie se poursuit. L'Argentine est citée en modèle auprès des pays en développement lourdement endettés. Le programme de privatisations est largement engagé, la profitabilité des entreprises s'est améliorée et les prix sont en voie de stabilisation. Cette politique joue toutefois aux dépens de la monnaie, devenue le point faible. La politique d'austérité motive en novembre une grève générale, la première depuis l'élection de Carlos Menem.

En 1993, l'inflation est évaluée à moins de 10 p. 100. Ce résultat inespéré fait passer au second plan le fait que le chômage est à son plus haut niveau depuis vingt ans, touchant 9,9 p. 100 de la population active. Les émeutes intervenues à la mi-décembre dans la province de Santiago del Estero constituent également un avertissement. La stratégie économique de Carlos Menem repose sur une parité absolue entre le peso et le dollar. Or les faiblesses structurelles de l'Argentine se traduisent par une surévaluation du peso et, en conséquence, par un fort déficit commercial. Ces difficultés sont censées être transitoires. En mai, la Chambre des députés vote le principe d'une réforme du régime d'assurance-vieillesse. Les modalités de l'accord de rééchelonnement de la dette commerciale du pays, conclu le 6 décembre 1992 dans le cadre du plan Brady, sont arrêtées le 7 avril, ce qui met fin à une crise financière de onze ans.

En 1994, le président Menem conforte le pouvoir politique jugé nécessaire à la pérennisation de son plan de stabilisation et de redressement économique. Malgré le coût social élevé des réformes libérales, le mouvement syndical s'essouffle. La hausse des taux américains et l'appréciation du peso par rapport au dollar créent quelques difficultés financières.

Le 26 septembre, le gouvernement déclare qu'il renonce à solliciter de nouveaux emprunts auprès du F.M.I. pour se tourner vers le marché international de capitaux. En octobre, Buenos Aires annonce le lancement d'un emprunt international de 500 millions de dollars.

En 1995, le pays doit faire face à la récession et à une résurgence du malaise social, causée par l'augmentation du chômage et des inégalités. Les effets de la crise mexicaine, qui entraîne une fuite des capitaux, sont énergiquement combattus par des mesures de soutien au système bancaire. L'Argentine a de nouveau recours aux crédits du F.M.I., tout en poursuivant l'assainissement de ses finances.

L'indice des prix du mois de mars est en baisse, pour la première fois depuis 1974.

L'année 1996 est marquée par une faible reprise, après la récession subie en 1995. Si la production industrielle est en hausse, la balance commerciale reste déficitaire. Les pouvoirs exceptionnels confiés par le Congrès au président Menem en février permettent à celui-ci de prendre des mesures visant à diminuer les dépenses publiques et à augmenter les recettes fiscales. Cela met l'Argentine en position d'obtenir du F.M.I. un nouveau crédit stand-by d'1 milliard de dollars, ainsi qu'un prêt de 2,4 milliards de la Banque internationale de développement. Toutefois, ces crédits viennent encore alourdir une dette publique qui s'élève à 83 milliards de dollars. Par ailleurs, le creusement des inégalités suscite un malaise social croissant. Le chômage, notamment, atteint le taux record de 17,1 p. 100. La Confédération générale du travail, jusqu'alors favorable au pouvoir, se démarque de la politique gouvernementale en lançant, en août et en septembre, des mots d'ordre de grève générale très suivis.

En 1997, les indicateurs économiques sont positifs, excepté la balance commerciale qui est déficitaire. Les réformes libérales – privatisation, refonte de la fiscalité, flexibilité du travail – se poursuivent, tandis que leur coût social augmente, le phénomène de paupérisation atteignant à présent les classes moyennes. La forte dépendance de l'économie nationale à l'égard des capitaux étrangers fait craindre des répercussions à la suite de la crise financière asiatique.

En 1998, l'Argentine subit, au cours du second semestre, les effets de la crise financière mondiale et notamment ceux de la récession au Brésil, son principal partenaire commercial. Ce ralentissement de l'activité s'accompagne d'une augmentation du chômage et d'une dégradation accrue des systèmes sociaux.

En 1999, les changements politiques à la tête du pays ne remettent pas en cause les choix économiques libéraux effectués par le gouvernement sortant. Le pays connaît une forte récession, liée à une dette et à un déficit budgétaire croissants. Cette situation entraîne une montée du chômage, un accroissement de la pauvreté et une dégradation de l'accès aux services sociaux – éducation et santé, notamment – qui faisaient l'originalité du pays.

En 2000, la gravité de la crise économique incite le gouvernement à annoncer un plan d'urgence, en novembre, et force le F.M.I. à mettre en place un plan de sauvetage, en décembre. Les exportations et la consommation chutent, et la production industrielle stagne. La crise économique s'accompagne d'une crise sociale provoquée par l'écart croissant entre riches et pauvres.

En 2001, l'économie, en récession depuis trois ans, connaît l'une des plus graves crises de son histoire. Celle-ci entraîne un appauvrissement de la population que la détérioration des services publics rend encore plus difficile à supporter. Aucun des plans de rigueur budgétaire présentés par les gouvernements successifs ne parvient à enrayer la faillite de l'État. Le moratoire sur le remboursement de la dette publique, annoncé en décembre, en constituera l'illustration ultime. L'effondrement de la Bourse, en juillet, provoque une onde de choc qui ébranle toutes les économies sud-américaines.

En 2002, l'effondrement économique et la paupérisation de la population se poursuivent. À la suite de son élection, en janvier, le président Eduardo Duhalde déclare le pays « en faillite », confirme le moratoire sur la dette publique et annonce la fin de la parité entre le peso et le dollar. Le 6 janvier, le Parlement adopte un projet de loi d'urgence économique qui prévoit principalement une dévaluation de 28,5 p. 100 du peso pour les transactions externes, le taux de change étant libre pour les autres échanges. Le 9, le gouvernement décide d'assouplir, sans les supprimer, les impopulaires restrictions bancaires qui interdisaient aux Argentins, depuis décembre 2001, de retirer plus de 250 pesos par semaine, afin de prévenir une fuite des capitaux.

Après le jugement de la Cour suprême, le 1er février, déclarant anticonstitutionnelles les mesures de restriction des retraits bancaires, le gouvernement annonce, le 3, un assouplissement supplémentaire de celles-ci ainsi que l'abandon du dollar comme seconde monnaie et le flottement du peso. Ces mesures s'annoncent douloureuses pour les épargnants.

Le 23 avril, la nomination d'un économiste orthodoxe, Roberto Lavagna, à la tête du ministère de l'Économie ne suffit pas à débloquer les négociations avec le F.M.I., qui a interrompu son aide en décembre 2001. À la fin de l'année, le pays se trouve au bord de la cessation de paiement, en dépit d'une légère reprise de l'activité et l'amélioration de certains indices.

L'année 2003 est marquée par des signes de reprise de l'activité, après deux années de profonde crise. Les secteurs pétrolier, agricole et touristique, notamment, enregistrent d'excellents résultats. Le F.M.I. reprend ses contacts avec le pays, auquel il accorde, en septembre, une nouvelle ligne de crédit. L'amélioration de la situation sociale est plus lente et la contestation reprend en fin d'année, après une trêve consécutive à l'élection de Nestor Kirchner.

En 2004, la reprise se confirme. La production industrielle progresse fortement. La consommation et les exportations repartent à la hausse. La Cour suprême confirme la légalité de l'opération de transformation en pesos des dépôts bancaires en dollars effectuée en 2002. Cette mesure permet au gouvernement d'engager la restructuration de la dette, préalable au retour du pays sur les marchés financiers internationaux. La situation sociale demeure tendue.

En 2005, la poursuite de la reprise est alimentée principalement par les exportations, notamment agricoles. Toutefois, la pauvreté et le fort taux de chômage perdurent, et l'inflation s'installe : 12,3 p. 100 en moyenne annuelle, soit deux fois plus qu’en 2004 et quatre fois plus qu’en 2003. Le 1er mars, le président Kirchner annonce la fin du moratoire sur le remboursement de la dette privée de son pays, qui courait depuis décembre 2001. L'opération d'échange des anciens titres de créance contre de nouvelles obligations d'État, d'une valeur de 70 p. 100 inférieure, s'est achevée en février. Le 15 décembre, le gouvernement annonce le remboursement anticipé de la totalité de la dette du pays à l'égard du F.M.I.–  l'équivalent de 8,2 milliards d'euros.

En 2006, la croissance de l'économie se poursuit, grâce notamment à l'essor des secteurs de l'agriculture, de la construction, de l'automobile et du tourisme. Cette activité profite à l'emploi et explique une baisse des taux de pauvreté et de travail au noir, même si ceux-ci demeurent préoccupants. Le taux d'inflation s'établit à 9,8 p. 100.

Le 22 août, le président Kirchner annonce la relance du programme nucléaire argentin en décidant la reprise de l'activité d'enrichissement d'uranium, interrompue dans les années 1990. Le gouvernement veut faire passer la part du nucléaire dans l'électricité consommée de 8 à 15 p. 100.

En 2007, la croissance se maintient à un haut niveau, portée par le gonflement des revenus céréaliers et alimentaires. L'industrie et le tourisme se développent également. Si le taux du chômage officiel chute, le taux d'inflation, qui fait l'objet d'estimations allant du simple au double, reste sans doute très élevé et la fracture sociale demeure préoccupante.

Le 9 décembre est créée à Buenos Aires la Banque du Sud, projet initié par l'Argentine et le Venezuela, qui réunit également la Bolivie, le Brésil, l'Équateur, le Paraguay et l'Uruguay. Cette institution, qui vise à créer une alternative au F.M.I., est destinée à soutenir des projets de développement.

3.  Relations internationales

Le 15 février 1990, les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni sont rétablies, huit ans après la guerre des Malouines.

George Bush se rend en Argentine lors de sa tournée dans cinq pays d'Amérique latine (3-8 déc.), la première d'un président américain dans la région depuis trente ans, afin de définir avec eux les termes d'un nouveau partenariat.

Le 26 mars 1991, l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay signent le traité créant le Mercosur, le marché commun les unissant.

Fin du contentieux frontalier entre l'Argentine et le Chili : le 2 août, le président chilien Patricio Aylwin, en visite à Buenos Aires, et Carlos Menem signent plusieurs accords sur le tracé de la frontière entre les deux pays. Long de 5 400 kilomètres, celui-ci était l'objet de litiges et la cause de plusieurs incidents graves depuis un siècle. Des accords économiques sont également signés.

Le 17 mars 1992, un attentat à la bombe contre l'ambassade d'Israël à Buenos Aires détruit le bâtiment et ravage le quartier, faisant vingt-huit morts et deux cent trente-cinq blessés. Le lendemain, le Djihad islamique, depuis Beyrouth, revendique l'attentat.

Du 6 au 10 janvier 1993, visite du secrétaire au Foreign Office Douglas Hurd, la première d'une personnalité britannique de ce rang en Argentine depuis la guerre des Malouines.

Le 18 juillet 1994, un attentat à la voiture piégée dirigé contre l'immeuble de l'Association mutuelle israélite argentine, à Buenos Aires, cause la mort d'au moins quatre-vingt-seize personnes.

Le 1er janvier 1995, le Mercosur entre en vigueur. Il s'agit de la quatrième union commerciale mondiale après l'A.L.E.N.A., l'Union européenne et l'A.P.E.C.

Le 20 novembre, Buenos Aires extrade vers l'Italie l'ancien capitaine SS Erich Priebke. Il est accusé de crimes de guerre pour avoir été l'un des responsables du massacre des fosses Ardéatines, à Rome, en mars 1944, au cours duquel trois cent trente-cinq otages avaient été assassinés.

Du 16 au 18 mars 1997, le président français Jacques Chirac effectue une visite officielle marquée par les critiques de Buenos Aires à l'égard du déséquilibre des relations économiques bilatérales.

Le 2 juin 1999, les Parlements de Buenos Aires et de Santiago ratifient l'accord de décembre 1998 sur le dernier différend frontalier entre l'Argentine et le Chili. Ce geste scelle le rapprochement des deux pays.

Le 19 avril 2005, l'Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, condamne l'ancien capitaine de corvette argentin Adolfo Scilingo à six cent quarante années de prison pour crimes contre l'humanité, détentions arbitraires et tortures. Il est le premier militaire argentin jugé contradictoirement à l'étranger pour des crimes commis sous la dictature, entre 1976 et 1983. Quelque cinq mille personnes sur les trente mille disparus ont été détenues dans le centre de torture de l'École mécanique de l'Armée à Buenos Aires, où officiait Adolfo Scilingo en 1976-1977 ; au moins quatorze d'entre elles étaient espagnoles. Adolfo Scilingo, accusé de trente assassinats d'opposants, s'était volontairement rendu en Espagne en 1997 pour témoigner. Il s'était depuis lors rétracté.

Les 4 et 5 novembre se tient à Mar del Plata le 4e Sommet des Amériques. Le projet de zone de libre-échange des Amériques est dénoncé par les quatre pays fondateurs du Mercosur, dont l'Argentine, qui exigent préalablement la suppression des subventions agricoles des États-Unis et de l'Europe.

Le 12 janvier 2007, l'ancienne présidente Evita Peron est arrêtée à Madrid, où elle vit en exil depuis 1981, par l'effet du mandat d'arrêt international émis par le juge argentin chargé de l'affaire des militants de gauche disparus sous sa présidence, de 1974 à 1976.

Le 6 février, une soixantaine de pays signent, à Paris, une convention internationale, initiée par la France et l'Argentine, « pour la protection des personnes contre toutes les disparitions forcées ».

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