4. L'architecture de terre contemporaine
Dans les pays du Tiers-Monde, même là où la construction en terre est la mieux adaptée au climat et aux traditions, on voit souvent les nouveaux citadins, même les plus démunis, dans leur désir de rejeter leur ancien mode de vie rural, lui préférer les abris en bidons ou en carton goudronné, pourtant bien moins confortables. Il n'y a guère, jusqu'à présent, que les gouvernements de l'Allemagne, de l'Inde, du Pérou et de la Tanzanie ainsi que quelques grandes institutions internationales (Banque mondiale, Fonds européen de développement, Nations unies) qui aient favorisé le retour aux constructions de terre, sous des formes modernisées. L'architecte égyptien Hassan Fathy, devenu l'un des plus importants apôtres d'une nouvelle architecture populaire pour le Tiers-Monde, a fort bien raconté l'hostilité incessante qu'il a rencontrée lorsqu'il entreprit de construire le nouveau village de Gourna vers 1950.
Quelques grands efforts d'utilisation du béton de terre stabilisée ont été néanmoins entrepris : dans les colonies anglaises et surtout en Afrique du Sud depuis 1940, pour les cités ouvrières urbaines ou minières ; dans les colonies françaises d'Afrique noire, mais à une échelle moindre, dans les années 1950 ; en Amérique du Sud et en Afrique, surtout depuis 1960 : habitations (trois mille logements économiques d'État à Marrakech [Maroc] en 1961), écoles, hôpitaux, citernes, silos.
L'essor contemporain de la terre crue ne se limite plus aux pays pauvres depuis la grande prise de conscience du gaspillage énergétique qui s'est faite dans les années 1970. Il est déjà fortement marqué dans le sud-ouest des États-Unis ; en Arizona et au Nouveau-Mexique, particulièrement, où le climat sec convient à ce matériau et où la double tradition indienne et hispanique fournit un exemple vivant, les résidences aisées sont parfois construites en adobe stabilisé (La Luz, ensemble de cent dix maisons à Albuquerque, 1974). La nouvelle attitude des couches aisées à l'égard de l'adobe favorise en retour son acceptation par les classes moyennes et les pouvoirs publics (écoles, centres culturels) : à tel point que désormais, dans les États américains du sud-ouest, on trouve une cinquantaine de petites firmes fabriquant industriellement des parpaings de terre traditionnels ou stabilisés au ciment.
En France, à la suite d'une campagne internationale de sensibilisation suscitée en 1981 par le Centre Georges-Pompidou, à l'aide notamment d'une exposition itinérante et d'un film, a commencé en 1982, dans la ville nouvelle de l'Isle-d'Abeau, l'édification d'un ensemble expérimental de cinquante logements en terre.
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