3. Architecture et industrie
L'architecture ne peut se détacher totalement de la progression des forces productives. L'économie esthétique de laquelle participe l'architecture est reliée conflictuellement aux dernières découvertes de l'industrie ; la brutalité de la production industrielle se heurte à la finesse de la composition artistique ; il y a une opposition culturelle entre laideur et beauté ; en effet, ou bien le choc est compensé par l'esthétique industrielle, ou bien il est détourné dans ce que peuvent comporter d'« artistique » la sculpture et l'architecture, ou encore, enfin, il est nié, et cela toujours au profit de l'ordre industriel.
Le choc compensé est en quelque sorte un statu quo, un accord entre les exigences techniques, commerciales et éthiques, régi selon les « volontés esthétiques » de la société, selon ses normes. Celles-ci sont toujours présupposées, même lorsqu'elles résultent d'enquêtes de marché et de motivation ; elles sont ressenties et détenues à la fois par le designer. Dans le jeu de l'art et de l'industrie se faufile l'éthique volontariste qui sera appelée à participer à la fondation de la culture. Le designer qui se distingue reste un artiste. Il rejette par là dans l'ombre maints artisans du design qui trouvent leur place dans les revues spécialisées dont les informations plus anodines, et cependant plus perforantes, parcourent néanmoins cette société.
Le choc détourné : ici il s'agit, en s'arc-boutant sur la force fournie par l'industriel, de réarticuler l'économie esthétique. Le boulon apparent réarticule les règles esthétiques du jugement et produit, par exemple, l'assemblage apparent dans le bois, assemblage qui, autrefois, était camouflé. L'ossature n'entre plus comme technique dans l'art de bâtir, mais essentiellement comme esthétique ; Franck Lloyd Wright, dans ses buildings de New York, fit des prodiges pour que le bâtiment en ossature d'acier apparût comme une ossature, laquelle était accentuée par des habillages grâce à des su […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



