5. Le décor des constructions de bois
La nature du bois le prédispose au ciseau du sculpteur et au pinceau de l'ornemaniste : sa matière ferme et fibreuse, perméable, en fait un support idéal que n'ont pas manqué d'exploiter les maîtres d'œuvre de chaque époque. En Norvège, plusieurs « stavkirke » du xiie siècle ont ainsi conservé leurs reliefs à entrelacs peuplés de monstres. En Extrême-Orient, les consoles des constructions sont découpées et chantournées ; les lignes horizontales des édifices européens accrochent la lumière sur les moulures de leurs sablières et les sculptures de leurs encorbellements.
En dehors de quelques motifs qui leur sont propres, ces constructions partagent le répertoire des constructions maçonnées, reprenant même des éléments appartenant en propre au vocabulaire de la pierre : pinacles, fleurons et accolades, contreforts et chapiteaux (maison située 50, rue Jean-Cousin, Sens, xvie s., et groupe de maisons de bois, xvie s., Aubigny-sur-Nère). Le hourdis s'offre lui aussi à la sculpture : les panneaux de bois « menuisés » entre les colombes eurent la faveur de quelques constructeurs au xvie siècle notamment (maisons de bois, xviie s., Dinan, ou maison square Saint-André, Rouen, vers 1520) ; le hourdis peut également être réalisé en plaques de stuc moulé (pavillon des Vertus, rue du Ruissel, Rouen, milieu du xvie s.) ou en mortier incrusté d'éléments de terre cuite (54, rue Saint-Pierre, Caen, début du xvie s.).
Les constructions les plus soignées conservent rarement leur bois de façade à l'état brut : la peinture rehausse souvent les éléments sculptés, ou recouvre plus simplement l'ensemble des bois apparents ou l'habillage de la structure. Cependant, l'essentiel du décor réside le plus fréquemment dans l'agencement harmonieux des éléments du pan de bois. S'il obéit aux exigences de la stabilité, du contreventement et de la robustesse, le jeu des verticales, des horizontales et des obliques se prête aussi à des raffinements qui font la spécificité de chaque région. On a largement utilisé en Normandie et en Angleterre le colombage en épis, en feuille de fougère ou à croisillons. En Alsace et en Allemagne, les charpentiers ont préféré courber et chantourner les courtes pièces du colombage.
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