5. Le béton armé et les formes libres
Parallèlement à son utilisation dans le domaine des structures, la grande liberté d'emploi qu'il autorise a fait du béton armé, moulé et informe par lui-même, le matériau préféré des architectes « formalistes ».
La forme du béton armé ne dépend que du coffrage dans lequel il est coulé. Il est donc facile de lui donner toutes celles que l'imagination projette, à la seule condition de ne pas contrevenir aux lois de la structure et de la statique. Comme le béton armé a une grande résistance, pourvu qu'on y mette le prix, c'est-à-dire les armatures d'acier nécessaires, peu de choses sont vraiment défendues ; c'est un lieu commun des spécialistes de dire que l'on peut faire tenir « n'importe quoi ».
L'architecte brésilien Oscar Niemeyer est un des chefs de file du formalisme en architecture. La rigueur fonctionnaliste ne lui semble pas acceptable. Il affirme la nécessité de la poésie, de la liberté des formes, du lyrisme. La forme a ses lois et ses exigences propres, distinctes des lois fonctionnelles ou structurales. Celles de Niemeyer viennent de l'imagination de l'architecte, du monde formel brésilien, des courbes des églises de Bahia, mais aussi du caractère du programme ; selon lui, les palais de Brasília expriment les espoirs et la foi d'un pays jeune par des formes dynamiques et élancées.
Niemeyer applique ces idées dans le palais de l'Aurore à Brasília. L'édifice est supporté par des poteaux disposés à l'intérieur du bâtiment. Ces poteaux portent un toit qui déborde largement sur les murs en pans de verre par de vastes porte-à-faux. D'un plan d'eau montent vers ces porte-à-faux de grandes formes en béton armé qui semblent soutenir le toit, d'une façon presque magique, par de fines pointes.
Ces formes légères sont l'ordonnance essentielle du bâtiment. Elles n'ont ni rôle fonctionnel, ni rôle structural, puisque le porte-à-faux est, en réalité, soutenu par les poteaux intérieurs. Leur rôle purement poétique et lyrique est un rôle d'expression.
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