6. Le Werkbund et l'esthétique de l'usine
La plasticité nouvelle du béton a doté l'usine de formes nouvelles qui ne prétendent pas à la monumentalité ; l'apport du mouvement du Werkbund et de Peter Behrens, leader de l'architecture moderne en Allemagne, sera de considérer la construction industrielle comme un problème architectonique. En 1907, Behrens devient conseiller artistique du groupe A.E.G. et édifie en 1908 la halle de montage des turbines de l'usine de Berlin, puis la halle des grosses machines en 1912 ; en 1911, il a construit le complexe de l'usine à gaz de Francfort. La rigueur classique s'y marie à l'expressionnisme colossal dans une combinaison nouvelle du verre et du métal. Behrens adopte également des lignes épurées, comme pour les magasins centraux de la Gute Hoffnungshütte à Essen. Pendant les mêmes années (1911-1913), après avoir étudié les silos à grains de la région des Grands Lacs et du Midwest, et les rapports existant entre matériaux et exigence des processus de stockage, W. Gropius, collaborateur épisodique de Behrens, élève à Alfeld l'usine Fagus où l'architecture repose sur un jeu de volumes simples, les structures portantes s'allégeant pour disparaître même aux angles du bâtiment ; l'industrie produit ici « la construction la plus avancée de l'avant-guerre » (cf. H.-R. Hitchcock). L'architecture instaure une esthétique rationnelle tout en répondant aux besoins techniques de l'industrie. Hans Poelzig véritable leader du mouvement expressionniste en architecture, donne à l'usine chimique de Luban (1911-1912) et au château d'eau de Posen (1910) des allures tragiques qui préfigurent les décors du cinéma des années 1920. Mais l'influence que ces ouvrages auraient pu avoir en Europe sera différée par la guerre et ne se fera sentir que vers 1925.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



