4. Historicisme et éclectisme
On associe le plus souvent l'historicisme de l'architecture industrielle au triomphalisme manufacturier de la seconde moitié du xixe siècle en convoquant comme témoin l'usine Motte-Bossut de Roubaix, le plus fameux « château de l'industrie ». C'est oublier l'antériorité anglaise de l'historicisme. Le palladianisme qui marque toute la production architecturale de l'Angleterre touche la construction industrielle d'outre-Manche dès 1760 : à Soho, la forge de Mr. Boulton, dessinée par un architecte spécialisé dans la construction d'usines, B. Wyatt, adopte le plan d'une villa palladienne. En 1783, au Masson Mill de Cromford s'alignent des baies serliennes qui vont devenir un thème symbolique de l'industrie anglaise et américaine.
Le néogothique apparaît dans les mêmes années (1773 : manufacture de glaces de Ravenhead, à trois nefs séparées par des arcs en tiers-point) et envahit progressivement toute l'Europe : forges, mines des années 1850, usines textiles urbaines ou rurales, ainsi la célèbre manufacture de tapisserie de Glasgow (1889-1892) dans le goût vénitien.
Le style à l'italienne connaît une grande vogue en Angleterre et aux États-Unis, en particulier dans le traitement des cheminées qui peuvent devenir campaniles vénitiens (voir le traité de Rawlinson : Boilers and Factories Chimneys, 1877), ou colonnes à l'antique (station de pompage des eaux, Louisville, Kentucky, États-Unis 1860). La France restera toujours en retrait, tandis que l'Europe du Nord et du Centre habille en baptistères ses gazomètres (Saltford, Grande-Bretagne, 1822 ; Trieste, 1864 ; Troy, États-Unis, 1873 ; Vienne ; Berlin ; Stockholm...) et déguise en forteresse médiévale les chevalements de mine (en Allemagne et en Pologne) et surtout les châteaux d'eau situés en milieu urbain. Mais par économie la référence romano-italienne se réduit souvent à un décor de petites arcatures sous la corniche, ou à un système de bandes lombardes, référence archéologique romane en même temps que contreforts.
À la […]
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