2. L'apport des méthodes de la préhistoire
En même temps, une autre archéologie naissait, puis se développait : celle des préhistoriens. Ici, l'on ne disposait d'aucune source écrite et, le plus souvent, d'aucun monument ; la terre seule pouvait livrer les traces du passage d'innombrables générations ; il fallait donc apprendre à discerner ces traces, à explorer les strates superposées dont chacune témoignait d'une période du passé, à feuilleter, en quelque sorte, le sol comme on lit un manuscrit, à cette différence près qu'ici, lire une page, c'est en même temps la détruire. Ainsi cheminèrent pendant plus d'un demi-siècle, sans guère de contacts entre elles, deux méthodes d'exploration du passé : l'une s'appuyant sur les textes et les œuvres d'art, l'autre utilisant toutes les ressources que pouvaient lui offrir les sciences de la Terre et de la Nature. Il arriva néanmoins, à titre exceptionnel, que dans la seconde moitié du xixe siècle des fouilles entreprises sur des sites d'âge historique s'inspirent des techniques de recherche qu'utilisaient les préhistoriens. Par exemple au cours des recherches effectuées sur les fortifications du limes romain, on apprit à reconnaître les traces des constructions de charpente, et chacun sait l'importance de ces traces en archéologie médiévale. À Haithabu (ou Hedeby, Danemark), les fouilles commencées en 1900 s'inspirèrent aussi des méthodes de la préhistoire. Sir Mortimer Wheeler (Archaeology from the Earth, chap. ii) a naguère rendu hommage au labeur des quelques pionniers britanniques qui, dès le xixe siècle, ont tenté des expériences dans le même sens. Dans le premier quart du xxe siècle, Carl Schuchhardt étudiait dans le même esprit les Burgen, dont beaucoup datent du haut Moyen Âge ; grâce à lui, l'archéologie projetait une lumière nouvelle et stimulante sur l'histoire de la pénétration franque en pays saxon au temps de Charlemagne. Il y a néanmoins, dans ces ouvrages, parfois prophétiques, beaucoup d'informations ou d'interprétations aujourd'hui caduques. Signe des temps : si l'on y trouve beaucoup de dessins et de plans, les relevés de profils stratigraphiques en sont absents.
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