5. Le débit des aqueducs
L'évaluation du débit des aqueducs est extrêmement complexe. Il convient en effet de distinguer le débit potentiel d'une canalisation, lié à sa section et à son profil en long, et le débit réel conditionné par le ou les captages. De plus, le débit varie avec le temps, du fait de la détérioration du canal par des dépôts carbonatés, en particulier dans les régions calcaires ; ceux-ci forment d'importants bourrelets qui créent des turbulences diminuant la vitesse d'écoulement ; ils peuvent finir par occuper une grande partie de la conduite. Dans le cas de l'aqueduc de Cologne, le débit potentiel était de l'ordre de 500 litres par seconde (43 200 m3 par jour) ; dans la réalité, avant que le canal ne soit rétréci par les concrétions, il ne devait pas écouler plus de 316 l/s (27 300 m3 par jour) ; par la suite, le débit dut tomber à 230-250 l/s (de 19 900 à 24 500 m3 par jour). Dans le cas de Nîmes, des études anciennes ont proposé un débit journalier passant de 124 000 m3 à 14 630 m3. À Rome, les onze aqueducs qui furent construits permirent aux habitants de la capitale de l'Empire, libres ou esclaves, de disposer à l'époque des Sévères, de plus d'un million de mètres cubes d'eau par jour, soit plus d'un mètre cube par personne !
De tels chiffres sont considérables ; mais dans l'Antiquité la manière de consommer l'eau est totalement différente de la nôtre. Actuellement, dans une ville moderne, la consommation se répartit entre les utilisateurs privés, pour le confort ménager, les utilisateurs industriels, et les services municipaux (arrosage des espaces publics et lavage des rues). Frontin donne des chiffres sur la répartition de l'utilisation de 520 730 m3 d'eau à Rome pendant vingt-quatre heures : la Maison impériale consommait 137 000 m3 ; les « particuliers », 247 690 m3 ; 176 040 m3 étaient affectés aux usages publics. Les « particuliers » étaient les propriétaires des domus, c'est-à-dire les très riches membres de l'aristocratie impériale, et non les pau […]
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