2. L'« Apologia »
L'Apologia n'est pas seulement une source biographique. Elle nous donne une idée du talent d'Apulée. Pour répondre à ses adversaires, celui-ci emploie un curieux système de défense semi-indirecte. Insistant d'abord sur des griefs accessoires, il joue de l'ironie : « Être beau et savoir parler ! graves accusations que je voudrais bien mériter ! » Mais surtout, il se justifie en profondeur au lieu de limiter le débat. La seconde partie du discours, directement consacrée à l'accusation de magie, en constitue le moment essentiel.
Apulée définit la magie comme un « art agréable aux dieux immortels » et, si c'est autre chose, se félicite d'être accusé parmi tant d'autres philosophes incompris ; puis il passe en revue une série de faits litigieux (achat de poissons, chute d'un enfant, examen d'une femme épileptique, possession d'un talisman ou d'une statuette de Mercure). Et lorsqu'on en arrive à l'épisode du mariage, celui-ci, replacé dans l'ensemble d'une vie, a pris de minces proportions. Tout tourne autour d'une lettre de Pudentilla que les adversaires ont tronquée pour en faire une preuve à charge. La véhémence ironique d'Apulée, l'entrain pittoresque de ses récits familiers, l'organisation concertée mais pleine d'élan du discours font qu'on le suit aisément. On retient quelques formules ironiques ou incisives : « Un enfant est tombé ; un enfant a vu ; est-ce aussi un enfant qui a fait les incantations ? » ou bien : « Hunc denique qui laruam putat, ipse est laruans. »
On retient surtout quelques morceaux de bravoure ; l'affaire du miroir (on l'accusait d'en porter toujours un) présentée en une longue série de questions oratoires sans qu'on sache jamais si ledit miroir a existé ou non ; celle des poissons où l'abondance des hypothèses fantaisistes et pittoresques sur les motifs d'un achat de poissons fait attendre longuement la vérité : Apulée fait des recherches scientifiques sur les poissons. Il reste qu'à la question de savoir si ce maître d'éloquence, si ce philosophe enthousiaste a pour le moins flirté avec la magie, on est tout à fait tenté de répondre oui.
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