4. Un succès tardif
On cite une douzaine d'apologistes grecs, dont un anonyme, l'auteur de l'Épître à Diognète, mais la majorité de leurs œuvres sont perdues et les titres ne sont connus que par l'historien des premiers siècles Eusèbe de Césarée († 304).
Les progrès rapides de la pensée chrétienne au iiie et surtout au ive siècle et l'évolution des temps retirèrent tout intérêt à ces écrits de circonstances. Par comparaison avec les définitions des grands conciles, leurs exposés de la doctrine chrétienne paraissaient flous, parfois inexacts.
Mais ce qu'on avait considéré comme un défaut pendant plus d'un millénaire devint aux temps modernes une qualité. Les historiens de la théologie recherchèrent passionnément des écrits qui témoignent des premiers essais de réflexion philosophique sur le dogme chrétien et contiennent des détails importants sur une époque ancienne et difficile à connaître. En conséquence, le contraste entre les deux périodes est saisissant : l'Épître à Diognète n'est pas citée dans la littérature patristique et byzantine, elle a été ignorée d'Eusèbe de Césarée, de Gennade et de Photius, les meilleurs bibliographes anciens, elle n'a été conservée que par un manuscrit, copié au xive siècle et qui disparut dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870, mais, depuis 1592, elle a été imprimée au moins soixante-cinq fois.
On ne s'est pas contenté de rechercher les manuscrits grecs. Certains textes ne nous sont parvenus qu'à l'état fragmentaire, d'autres dans des traductions. La transmission la plus étonnante est celle de l'Apologie d'Aristide, qui a été insérée par saint Jean Damascène au viie siècle dans l'histoire édifiante de Barlaam et de Josaphat, roman dont la trame est un décalque de la légende du Bouddha, où se greffe une théorie du monachisme chrétien.
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