2. Les combats et les inspirations
La correspondance de Vieira (plus de sept cents lettres adressées à plus de soixante correspondants), ses rapports et avis aux rois et aux corps constitués montrent à quel point la politique, inséparable de son utopie messianique, a empli ses pensées et motivé son action. Ardent patriote, il a l'envergure d'un homme d'État. Défenseur acharné de la frêle indépendance retrouvée par le Portugal en 1640, il lutte contre la Castille en Europe et contre la Hollande au Brésil et en Afrique. Il combat aussi avec audace l'Inquisition portugaise dont le zèle excessif et intéressé provoque la fuite des nouveaux chrétiens et de leurs capitaux. Vieira prend de grands risques en faveur des nouveaux chrétiens. Il achète des vaisseaux, organise des compagnies de commerce, propose des mariages, ose suggérer des abandons. Il a des plans pour tout, mais la hardiesse de ses vues se heurte aux voies traditionnelles d'un conservatisme étroit et efficace. Les successeurs de Jean IV, même Pierre II, qui l'a protégé, lui font comprendre que la cour peut très bien se passer de ses avis. On oublie les services passés pour ne plus voir que le gêneur.
Vieira a appris les dialectes indiens, il a rédigé des catéchismes en sept langues différentes. Les conversions qu'il a suscitées sont célèbres. Il a œuvré surtout presque toute sa vie en faveur des Indiens, et il a payé de sa personne, affrontant la colère des gouverneurs, de certains ordres religieux et des colons. Il dénonce les abus intolérables et veut transformer les Indiens en ouvriers agricoles libres qui travailleront pour eux-mêmes une moitié de l'année, de deux mois en deux mois, et l'autre moitié pour un maître qui leur versera un salaire convenu à l'avance. Les expéditions vers l'intérieur (dans le sertão) seront étroitement réglementées et surveillées par des religieux responsables. Vieira a protégé également les Noirs, mais il s'est résigné à leur esclavage devant les impératifs économiques et dans la parfaite […]
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