L'apport de l'Italien Sant'Elia à l'architecture moderne est difficile à évaluer, car son expérience d'architecte n'a connu qu'un développement limité.
Ses conceptions théoriques retiennent l'attention : dans le climat de confusion de l'éclectisme italien, sa position suggère une nouvelle problématique critique. Sa production figurative nous est connue à partir des années 1910-1911, au cours desquelles il fréquente l'Académie Brera et se lie aux milieux artistiques milanais. Il construit, en 1911, près de Côme, la villa Elisi, œuvre au demeurant assez peu significative. À partir de 1913, ses dessins se libèrent graduellement de la dépendance à l'égard du répertoire Art nouveau
et aboutissent aux schémas des Dynamismes architectoniques, purgés de tout esprit décoratif. En mai 1914 paraît Le Message et, deux mois après, le Manifeste de l'architecture futuriste, tous deux signés de Sant'Elia ; cependant que ses dessins (La Ville nouvelle, Gares, Ponts) sont exposés pour la première fois à Milan. Les prédictions du Message et du Manifeste relatives à un nouvel espace urbain se reflètent dans ces interprétations purement idéologiques de l'architecture ; le caractère même de sa théorie ne lui permet pas la formulation nette de principes figuratifs : « L'architecture, comme art de disposer les formes des édifices selon des critères fixés d'avance, est morte. L'architecture doit [...] faire du monde des choses une projection directe du monde de l'esprit. D'une architecture ainsi conçue ne peut naître aucune habitude plastique et linéaire, car l'architecture futuriste sera fondamentalement transitoire et périssable. Les choses dureront moins que nous. Chaque génération devra construire sa ville. »
Photographie
Étude de bâtiment Antonio Sant'Elia, Étude de bâtiment, plume et encre sur papier , 1913.
Crédits: Accademia Italiana, London, The Bridgeman Art Library Consulter
Les dessins de La Ville nouvelle, fragments de scène urbaine et non pas projets consistants d'urbanisme, montrent comment la ville futuriste est une image parfois suggestive mais surtout littéraire. L'insistance sur ce thème, chez les artistes du premier futurisme, souligne le caractère d'un mouvement imaginatif qui fut, plus que tout autre, citadin. Il est impossible de parler d'architecture futuriste sinon en termes de programme et de poétique, mais l'expérience de Sant'Elia est inséparable du contexte général du mouvement. Après sa mort, les éléments virtuellement positifs de ses intuitions ne sont pas approfondis et le mouvement se dégrade rapidement dans les vaines scénographies de Virgilio Marchi et l'exaltation rhétorique de l'univers machiniste.
Marilù CANTELLI
Retour en haut



