3. L'heure de la politique
Le problème de l'altérité, suggéré par une douloureuse recherche de communication avec ses semblables, reçut sa solution de l'extérieur. Le « maître » (déguisé en Abel Martín ou en Juan de Mairena) continuait à le débattre pour lui-même quand la guerre civile (1936) mit un terme à la réserve et à l'introversion du poète. Bien que malade, Machado n'hésita pas à prononcer des discours, à collaborer à des journaux politiques, à diriger des institutions de propagande : il luttait comme il pouvait contre le débordement des forces qui, déjà, avaient été responsables du retard et de l'obscurantisme espagnols, dans un dialogue direct avec la nation et avec le peuple. Symptomatique est l'entrée de Marx dans la série de ses penseurs préférés ; Machado voit dans le socialisme, sans infatuation et loin du dogmatisme, une palingenèse nécessaire. Dès lors ses proses demeurent sur le terrain solide de la situation et de la planification politico-culturelle ; dans ses dernières poésies, la guerre est une présence dramatique à laquelle se proportionnent espoirs et indignations, images et affections du passé, du présent. Se retirant devant l'avancée des franquistes et des fascistes, en janvier 1939, Machado passe la frontière française avec une colonne de réfugiés ; un mois plus tard, il meurt, à Collioure, non loin de son pays. Et avec Machado mouraient les espérances de l'Espagne.
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