António Lobo Antunes fait partie de la génération d'écrivains portugais qui apparaît à la fin des années 1970, après que leur pays eut renoué avec la démocratie. Elle se caractérise par une grande liberté d'expression, une imagination fertile, le goût de la dérision, des écritures très diversifiées, souvent originales. Lobo Antunes est le plus provocateur, le plus excessif, le plus inventif.
1. Descente aux enfers
Né en 1942 dans une famille de la bonne bourgeoisie de Lisbonne, António Lobos Antunes écrit dès l'enfance des poèmes, puis des romans ; il rêve d'être écrivain, mais doit poursuivre des études de médecine et choisit de devenir psychiatre. Engagé malgré lui dans une guerre coloniale qui a ruiné la vie du Portugal entre 1961 et 1974, il passe vingt-sept mois en Angola comme médecin militaire ; il revient, déboussolé et meurtri, dans un pays où il ne se reconnaît plus, et sa vie personnelle bascule : il divorce. Cette expérience traumatisante nourrit ses premiers romans, une trilogie autobiographique écrite à la première personne et publiée en 1979 et 1980. Le Cul de Judas, Mémoire d'éléphant présentent, dans un style baroque et éblouissant, le narrateur à la recherche de lui-même dans une descente aux enfers où, à la souffrance et à la révolte, se mêlent des sentiments de solidarité et d'impuissance, ainsi que la fascination pour la terre africaine. Connaissance de l'enfer (1980) est plus précisément centré sur l'évocation de l'univers concentrationnaire qu'est, aux yeux du jeune médecin, un hôpital psychiatrique de Lisbonne tout aussi inhumain que l'était la guerre.
Le cycle suivant privilégie l'histoire récente du Portugal. L'Explication des oiseaux (1981) est encore très proche, par l'esprit, des trois premiers romans, mais la structure en est plus élaborée, et s'y font jour des scènes burlesques, bouffonnes, felliniennes. Avec Fado Alexandrino (1983), on revient au thème de la guerre, mais pour le dépasser : dix ans après leur retour d'Afrique, cinq anciens combattants se raco […]
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