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GADES ANTONIO (1936-2004)

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2.  Un succès international 

La rencontre avec Carlos Saura – qui, outre Noces de Sang (1981), réalise aussi Carmen (1983) d'après Mérimée et L'Amour sorcier (1985) d'après Manuel de Falla – affirme auprès du grand public la notoriété de Gades. Et le duo artistique qu'il forme avec Cristina Hoyos dans Noces de Sang est exemplaire. Ces ballets, qui font l'objet d'une chorégraphie spécifique pour la scène, permettent d'apprécier les deux dimensions de Gades : d'abord, le danseur au zapateado (frappement des pieds) délicat comme une caresse sur la terre et au braceo (mouvement des bras) toujours dans la logique du mouvement du reste du corps ; puis le chorégraphe qui a su aller à l'essentiel et débarrasser le flamenco du folklore. En renonçant à traduire directement le langage de Lorca, Gades réinvente par la danse ce que les mots cachent. Ainsi le pas de deux entre la fiancée et Léonardo ne laisse aucun doute sur leur passion sans issue.

Carmen – le ballet comme le film – connut un succès international. Gades se disait fasciné « par le personnage de Mérimée, parce que c'est une femme qui ne renie jamais sa classe sociale et qui préfère perdre sa vie plutôt que de perdre sa liberté ». 

En 1978, Gades fonde le Ballet national d'Espagne, qu'il dissout deux ans plus tard. Avec sa compagnie, qui fonctionne en coopérative, il se produit sur toutes les scènes du monde. En 1989, il présente, au Théâtre du Châtelet à Paris, Fuego, une version scénique de L'Amour sorcier. La dernière chorégraphie de Gades, Fuenteovejuna (1994), d'après le drame de Lope de Vega inspiré d'un fait réel – une histoire d'amour et d'oppression dans un village de la province de Cordoue au xve siècle –, lui donne l'occasion de mettre en scène toute la richesse des danses populaires espagnoles.

En juin 2004, un mois avant sa mort, Gades reçoit, des mains de Fidel Castro, l'ordre de José Martí, la plus haute distinction honorifique de l'État cubain. C'est dans ce pays, où il est venu pour la première fois en 1975 danser avec la ballerine Alicia Alonso, qu'il a souhaité que ses cendres soient dispersées. Il est resté fidèle jusqu'au bout à son engagement communiste. Antonio Gades a aussi passionnément aimé la mer : sur son bateau, il a souvent navigué de l'Espagne à Cuba. Adulé de son vivant, il a transcendé le flamenco, art nourri de beauté et de douleur. En 1969, le poète Rafael Alberti lui avait déjà dédié un poème intitulé Antonio Gades.

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