5. La reconstitution du Mythe
Il va alors être l'acteur de l'aventure la plus extraordinaire peut-être de la pensée occidentale.
En 1937 paraît une petite brochure, Les Nouvelles Révélations de l'Être, à la teneur prophétique, qu'il a signée « le Révélé », et qui précède de peu son départ pour l'Irlande, en août. Il a en main une épée (qu'un nègre sorcier lui avait donnée à La Havane) et une canne. La canne est un objet magique ; elle a treize nœuds et « porte au neuvième nœud le signe magique de la foudre ». Par un ami, elle lui vient « d'un sorcier savoyard dont il est question dans la Prophétie de saint Patrick », patron des Irlandais : « Cette canne, dit la légende, serait la canne même de Lucifer qui se crut dieu, et ne fut que son vampire. Elle passa par les mains de Jésus-Christ, puis de saint Patrick. »
Il va vivre en Irlande les commencements de son destin. Il n'y serait allé, semble-t-il, que pour cela : « Mon destin est cruel pour un but encore plus cruel auquel je sais qu'il me prépare. Et je serai BIENTÔT préparé. »
Le 29 septembre, sur demande de la police irlandaise, il est embarqué contre son gré sur le Washington. Sur le bateau même a lieu l'incident qui fait qu'au débarquement, au Havre, la société va l'interner dans ses asiles. Il n'y a pas à se tromper sur le sens qu'il donna à cet internement qui devait durer neuf années. Quand il écrira Van Gogh, le suicidé de la société (Paris, 1947), sous ce titre il faut lire celui-ci : « Antonin Artaud, l'interné de la société. »
1938 fut l'année du silence, mais dès 1939, Antonin Artaud lance au monde ces appels qu'il ne peut ou ne veut entendre. Et c'est dans la solitude des asiles d'aliénés français que s'élabore une œuvre dont l'audace est stupéfiante, où s'allient humour, malice, insolite, bon sens, que naît une langue à la fois d'une force et d'une légèreté inégalées, que se forge l'instrument par lequel Antonin Artaud va tenter de recréer le monde, la durée, l'espace, le corps, la vie, la mort, le Mythe, et vaincr […]
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