2. La tentative surréaliste
On a beaucoup parlé de l'adhésion d'Antonin Artaud au mouvement surréaliste, encore plus des désaccords qui provoquèrent la rupture. On n'a jamais cherché vraiment à analyser les raisons qui firent participer cet homme séparé, isolé en lui-même (« Je puis dire, moi, vraiment, que je ne suis pas au monde, et ce n'est pas une simple attitude d'esprit. »), aux activités d'un groupe. Sans doute une certaine attirance du merveilleux le rapprochait-elle d'André Breton, les recherches systématiques des surréalistes dans le domaine de l'inconscient lui paraissaient-elles proches de celle qu'il pratiquait si cruellement sur lui-même ; il n'est pas impossible non plus qu'il ait entrevu un espoir de résolution à cette différence qui était sienne, dans le fait de s'incorporer à un groupe qui ne se voulait pas seulement littéraire et artistique mais prétendait agir dans la vie et sur la vie. Il reste qu'Antonin Artaud participa de si près à ce mouvement que la direction de la « Centrale du bureau de recherches surréalistes » lui fut un temps confiée, comme celle du numéro 3 de La Révolution surréaliste, auquel il imprima sa violence. De cette période datent un certain nombre de textes courts, plus clos sur eux-mêmes, sortes de poèmes en prose, dont la réunion constitue L'Art et la Mort (Paris, 1929). Au surréalisme peuvent être rattachés ses scénarios de films et quelques articles théoriques à propos du cinéma. Un seul de ces scénarios, La Coquille et le Clergyman, fut réalisé en 1927 par Germaine Dulac. Antonin Artaud, écarté du tournage et du montage, se trouva en tel désaccord avec la conception du metteur en scène que, le jour de la première projection du film, il protesta si bruyamment qu'il fut expulsé de la salle avec quelques surréalistes qui l'accompagnaient.
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