Enfant prodige et prince charmant de la peinture, Van Dyck surprend, et tout à la fois ravit et agace par l'aisance de sa démarche, par la souplesse de ses facultés d'adaptation, par l'agréable variété de ses successives manières de peindre. Élégant, raffiné, tour à tour aimable et émouvant, n'est-il que le brillant « second » de Rubens ? Tant de périodes stylistiques plus facilement tranchées et par là même plus décelables que chez les autres artistes, tant d'influences supérieurement assimilées et ressenties (Rubens, Titien et Véronèse), tant d'agilité et de facilité à se concilier les clientèles de milieux sociaux très divers rendent malaisé un jugement équitable : est-il un grand artiste un peu superficiel ou un tempérament nerveux sinon maladif dont son art – apparemment inquiet – se ressentirait ? Il est vrai que la période anglaise, incroyablement productive, pose de façon critique la question des collaborations d'atelier. Alors que Rubens apparaît face à Van Dyck comme un authentique maître d'œuvre, un véritable grand patron, apte au travail collectif et n'en souffrant point, tout au contraire Van Dyck reste un individualiste qui fut peut-être gêné par ses succès et auquel aura d'ailleurs manqué la consécration de grandes entreprises décoratives ; mais c'est une malchance singulière pour lui que de mourir à peu près au moment où la place laissée par Rubens le mettait à même de s'y essayer.
Une réflexion sur la notion d'influence s'impose à propos de Van Dyck : ainsi la fameuse et si féconde collaboration avec Rubens devrait-elle être examinée avec soin ; la chronologie des italianismes vandyckiens, revue de près. En fin de compte, l'image traditionnelle, quasi « proustienne » d'un Van Dyck maladif, instable et nerveux, auquel ferait écho la morbidezza de son style, n'est-elle pas surtout complaisante et littéraire ? Van Dyck n'est pas Fromentin... L'œuvre pris dans son ensemble forme un édifice plus solide et plus original qu'il n'y semble d'abord paraître. L […]
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