Il y a aujourd'hui trois facettes du personnage d'Antoine Gombaud, chevalier de Méré, qui méritent de retenir l'attention : l'« honnête homme », l'interlocuteur de Pascal, l'écrivain.
Il est certain que, pour ses contemporains, Méré, hôte régulier des salons de Mme de Rambouillet ou de la duchesse de Lesdiguières, un temps rival de Voiture qu'il n'estimait guère, a incarné l'« honnêteté ». En ceci que l'on peut dire que, cas sociologique, il est une des figures les plus étonnantes du xviie siècle. Car, issu de petite noblesse provinciale, démuni de toute fortune et n'ayant rien d'autre à faire valoir qu'un type de comportement, une « mentalité » ou l'agrément d'une présence, il va exercer une réelle influence sur le milieu où il évolue. Il est la vivante représentation de cet homo sociabilis dans lequel l'élite parisienne aura aimé à se retrouver et à se complaire jusqu'en 1670 environ. Un modèle pour tous, y compris pour la jeune Françoise d'Aubigné (« la belle indienne »), future Mme de Maintenon, qui pendant sa période mondaine ne cherchera rien d'autre que se rendre, à son image, « aimable », et ne renoncera jamais, dans la religion même, à pratiquer la raison.
Cette rencontre d'un homme avec son temps est précisément ce qui fascinera Pascal. Le Pascal de 1653-1654, qui fait la connaissance de Méré dans le cercle des Roannez, fait aussi avec lui l'apprentissage et subit l'épreuve de la mondanité. Méré commence par le séduire, l'arrache à la contemplation de l'absolu mathématique, l'ouvre au commerce des hommes, le convertit — par sa seule existence — à cette autre science fondamentale, qui est celle des esprits. Il est l'occasion et parfois l'initiateur. C'est lui, par exemple, qui suggèrera à Pascal la solution des premiers calculs de probabilité ; de lui encore, sans doute, l'ébauche d'une définition de l'esprit de finesse. Mais, surtout, dans la genèse du dessein apologétique de Pascal, Méré comme Mitton, « esprit fort », libre penseur, et par ailleurs quelque peu disciple de Mont […]
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